De nombreuses communautés et individus vivent dans un monde pluraliste et sécularisé 90Cf. Introduction générale, 23-24. où des formes d'incrédulité et d'indifférence religieuse côtoient des formes vivantes de pluralisme culturel et religieux; on peut rencontrer chez beaucoup, d'une part, une grande soif de certitudes et de valeurs, et d'autre part, des formes de pseudo-religion et une adhésion peu convaincue à la foi. Devant une telle complexité, il arrive que des chrétiens se sentent perdus, troublés, ne sachent pas faire face aux situations ni juger les messages qui circulent, abandonnent la pratique religieuse régulière et vivent comme si Dieu n'existait pas, recourant souvent à des succédanés de religion. Leur foi est en butte aux épreuves et menacée; elle risque de périr par asphyxie ou par inanition si elle n'est pas sans cesse alimentée et soutenue...
Dans ces cas, une catéchèse évangélisatrice est indispensable, à savoir « une catéchèse pleine de sève évangélique et munie d'un langage adapté aux temps et aux personnes ».91EN 54. Elle éduquera les chrétiens au sens de leur identité de baptisés, de croyants et de membres de l'Eglise ouverts au monde et en dialogue avec lui. Elle leur rappellera les éléments fondamentaux de la foi, les stimulera à entreprendre un processus réel de conversion. Elle répondra aux objections théoriques et pratiques par un approfondissement de la vérité et de la valeur du message chrétien. Elle les aidera à comprendre et à vivre l'Evangile au quotidien, les préparera à rendre raison de l'espérance qui est en eux,92Cf. 1 P 3,15. les encouragera à accomplir leur vocation missionnaire par le témoignage, le dialogue et l'annonce. La catéchèse et la religiosité populaire 93Cf. DGC (1971) 6; EN 48; CT 54.
On trouve dans les communautés chrétiennes des expressions particulières de la recherche de Dieu et de la vie religieuse, pleines de ferveur, riches d'une pureté d'intentions parfois émouvantes, qui sont une dimension vitale de la réalité catholique. Elles méritent leur titre de « piété populaire ». Celle-ci « traduit une soif de Dieu que seuls les simples et les pauvres peuvent connaître. Elle rend capable de générosité et de sacrifice jusqu'à l'héroïsme, lorsqu'il s'agit de manifester la foi. Elle comporte un sens aigu d'attributs profonds de Dieu: la paternité, la providence, la présence amoureuse et constante. Elle engendre des attitudes intérieures rarement observées ailleurs au même degré: patience, sens de la croix dans la vie quotidienne, détachement, ouverture aux autres, dévotion ».94EN 48. Il s'agit d'une réalité à la fois riche et faible; la foi qui en est la base a besoin d'être purifiée et consolidée. D'où la nécessité d'une catéchèse capable de recueillir les dimensions intérieures et les valeurs indéniables d'une telle ressource religieuse, en l'aidant à dépasser les risques du fanatisme, de la superstition, du syncrétisme et de l'ignorance religieuse. « Bien orientée, cette religiosité populaire peut être de plus en plus, pour nos masses populaires, une vraie rencontre avec Dieu en Jésus-Christ ».95Ibid.
La vénération des fidèles pour la Mère de Dieu a elle-aussi revêtu de multiples formes selon les lieux et les temps, la sensibilité des peuples et leur tradition culturelle. Les modes selon lesquels cette piété mariale s'est exprimée sont sujets à l'usure du temps; ils ont besoin d'une catéchèse renouvelée qui permette d'en retirer les éléments caducs, de mettre en valeur ceux qui sont immuables, et d'y incorporer les données doctrinales acquises par la réflexion théologique et proposées par le Magistère de l'Eglise. Cette catéchèse est nécessaire au plus haut point. Il serait bon également qu'elle manifestât clairement la note trinitaire, christologique et ecclésiale qui est intrinsèque à la mariologie. Enfin, dans la révision ou la création de pratiques de piété mariale, il faut tenir compte des orientations bibliques, liturgiques, œcuméniques et anthropologiques.96Cf. Paul VI, Exhort. ap. Marialis cultus (2 février 1974), nn. 24, 25, 29: AAS 66 (1979), pp. 134-136, 141.