Pour le bon fonctionnement du ministère catéchétique dans l'Eglise particulière, il est très important de pouvoir compter sur une pastorale des catéchistes adaptée. Dans cette pastorale il faut tenir compte de divers aspects. Il faut essayer notamment de: – Susciter dans les paroisses et dans les communautés chrétiennes des vocations à la catéchèse. Actuellement, alors que les besoins de la catéchèse sont de plus en plus différenciés, il faut promouvoir divers types de catéchistes. « Des catéchistes spécialisés sont nécessaires ». 199GCM 5. A ce sujet il faudra déterminer des critères de choix. – Assurer un certain nombre de catéchistes à plein temps, qui se consacrent de manière plus intense et plus stable à la catéchèse, 200Le Concile Vatican II distingue deux types de catéchistes: « les catéchistes entièrement dévoués » et « les catéchistes auxiliaires » (cf. AG 17). Cette distinction est reprise dans le GCM 4, sous les termes de « catéchistes à plein temps » et « catéchistes à temps partiel ». en sus du soutien aux catéchistes à temps partiel, qui généralement seront les plus nombreux. – Etablir une répartition plus équilibrée des catéchistes parmi les secteurs de destinataires. La prise de conscience de la nécessité d'une catéchèse des jeunes et des adultes, par exemple, conduira à l'établissement d'un plus grand équilibre par rapport au nombre des catéchistes qui se consacrent à l'enfance et à l'adolescence. – Promouvoir des animateurs responsables de l'action catéchétique qui assument des responsabilités au niveau du diocèse, du doyenné et de la paroisse. 201Cf. GCM 5. – Organiser convenablement la formation des catéchistes, aussi bien la formation de base que la formation permanente. – Soigner l'attention personnelle et spirituelle aux catéchistes et au groupe des catéchistes en tant que tel. Cette tâche est principalement du ressort des prêtres, dans les communautés chrétiennes respectives. – Coordonner les catéchistes avec les autres artisans de la pastorale dans les communautés chrétiennes, en vue d'exercer une activité d'évangélisation cohérente et pour que le groupe des catéchistes ne reste pas isolé et en marge de la vie de la communauté. Importance de la formation des catéchistes
Toutes ces tâches sont dictées par la conviction que toute activité pastorale qui ne bénéficie pas du concours de personnes vraiment formées et préparées, compromet sa qualité. Les instruments de travail eux-mêmes ne seraient d'aucun secours s'ils n'étaient utilisés par des catéchistes bien formés. C'est pourquoi, la formation appropriée des catéchistes ne saurait être négligée au profit du renouvellement des textes ou d'une meilleure organisation de la catéchèse. 202Cf. DGC (1971) 108a. Aussi la pastorale diocésaine de la catéchèse accordera la priorité absolue à la formation des catéchistes laïcs. En même temps — comme élément réellement décisif —, il faudra veiller à la formation catéchétique des prêtres, aussi bien dans les plans d'étude de la formation au séminaire que lors de la formation permanente. On demande aux évêques de veiller à ce que cette formation soit scrupuleusement assurée. Le but et la nature de la formation des catéchistes
La formation vise à habiliter les catéchistes à transmettre l'Evangile à ceux qui souhaitent se confier à Jésus-Christ. La finalité de la formation exige donc que le catéchiste soit le plus possible rendu capable de réaliser un acte de communication: « le but essentiel de la formation catéchétique est d'habiliter à la communication du message chrétien ». 203DGC (1971) 111. La finalité christocentrique de la catéchèse, qui tend à favoriser la communion du converti avec Jésus-Christ, marque profondément toute la formation des catéchistes. 204Cf. CT 5. Ce texte définit la finalité christocentrique de la catéchèse. Elle détermine le christocentrisme du contenu de la catéchèse, le christocentrisme de la réponse du destinataire, le oui à Jésus-Christ et le christocentrisme de la spiritualité du catéchiste et de sa formation. Celle-ci ne vise en effet qu'à conduire le catéchiste à animer efficacement un itinéraire catéchétique dans lequel, en passant par les étapes nécessaires, il annonce Jésus-Christ, il en fait connaître la vie en la situant dans toute l'histoire du Salut; il explique le mystère du Fils de Dieu qui s'est fait homme pour notre salut; il aide enfin le catéchumène ou le catéchisé à s'identifier à Jésus-Christ par les sacrements de l'initiation. 205Nous signalons ici les quatre étapes du Catéchuménat baptismal perçues dans une vision christocentrique. Dans la catéchèse permanente, le catéchiste ne fait qu'approfondir ces aspects fondamentaux. Cette perspective christologique influence directement l'identité du catéchiste et sa préparation. « L'unité et l'harmonie du catéchiste doivent être considérées dans une vision christocentrique et construites dans une familiarité profonde avec le Christ et avec le Père, dans l'Esprit ». 206GCM 20.
La formation qui vise à rendre le catéchiste apte à transmettre l'Evangile au nom de l'Eglise a, par là-même, une nature ecclésiale. La formation des catéchistes n'est autre qu'une aide pour qu'ils aient de l'Evangile la même conscience vivante et actuelle qu'en a l'Eglise, s'habilitant ainsi à le transmettre en son nom. Plus concrètement, dans sa formation, le catéchiste entre en communion avec le désir de l'Eglise qui, comme épouse, « conserve intègre et pure la foi donnée à son Epoux » 207LG 64. et, comme « mère et maîtresse », veut transmettre l'Evangile dans toute son authenticité, en l'adaptant à toutes les cultures, âges et situations. Cette nature ecclésiale de la transmission de l'Evangile imprègne toute la formation des catéchistes. Critères de la formation des catéchistes
Pour concevoir convenablement la formation des catéchistes, il faut tenir compte au préalable de certains critères qui inspireront cette formation avec différents accents. – Il s'agit tout d'abord de former des catéchistes pour répondre aux besoins d'évangélisation du temps actuel, avec ses valeurs, ses défis et ses ombres. Pour cette tâche, il faut des catéchistes qui aient une foi profonde, 208Cf. DGC (1971) 114. une claire identité chrétienne et ecclésiale 209Cf. GCM 7. et une grande sensibilité sociale. 210Cf. GCM 13. Tout projet de formation doit tenir compte de ces aspects. – Dans la formation, il faudra aussi tenir compte du concept de catéchèse que défend l'Eglise aujourd'hui. Il s'agit de former des catéchistes pour qu'ils soient en mesure de donner non seulement un enseignement mais également une formation chrétienne intégrale, par la promotion de « tâches d'initiation, d'éducation et d'enseignement ». 211DGC (1971) 31. Autrement dit, des catéchistes qui soient, à la fois, des maîtres, des éducateurs et des témoins. – Le moment catéchétique que vit l'Eglise est une invitation à préparer des catéchistes capables de dépasser les « tendances unilatérales divergentes » 212CT 52; cf. CT 22. et d'offrir une catéchèse pleine et complète, des catéchistes qui sachent conjuguer la dimension de vérité et celle porteuse de sens de la foi, l'orthodoxie et l'orthopraxie, le sens ecclésial et le sens social. Leur formation devra contribuer à ce que les éléments de ces couples, qui peuvent subir des tensions, se fécondent mutuellement. – La formation des catéchistes laïcs ne peut ignorer le caractère propre du laïc dans l'Eglise et ne doit pas être conçue comme une pure synthèse de la formation reçue par les religieux ou les prêtres. Au contraire, il faudra se rappeler que « leur formation apostolique reçoit une note spéciale du caractère séculier propre au laïcat, ainsi que de leur forme de vie spirituelle » (AA 29a). – Enfin, la pédagogie adoptée dans cette formation a une importance fondamentale. Comme critère général, il faut souligner la nécessité d'une cohérence entre la pédagogie globale de la formation des catéchistes et la pédagogie propre à un processus catéchétique. Dans son activité, le catéchiste aurait beaucoup de mal à improviser un style et une sensibilité auxquels il n'aurait pas été initié pendant sa formation. Les dimensions de la formation: l'être, le savoir et le savoir-faire
La formation des catéchistes revêt plusieurs dimensions. La plus profonde a trait à l'être du catéchiste, à sa dimension humaine et chrétienne. La formation doit en effet l'aider à mûrir, avant tout, comme personne, comme croyant et comme apôtre. Puis, il y a ce que le catéchiste doit savoir pour bien accomplir sa tâche. Cette dimension marquée par la double fidélité au message et à la personne humaine, exige que le catéchiste connaisse bien à la fois le message qu'il transmet et celui qui le reçoit ainsi que le contexte social dans lequel il vit. Enfin, il y a la dimension du savoir faire, puisque la catéchèse est un acte de communication. La formation tend à faire du catéchiste un « éducateur de l'homme et de la vie de l'homme ». 213CT 22d. Maturité humaine, chrétienne et apostolique des catéchistes
A partir d'une maturité humaine initiale, 214Cf. GCM 21. l'exercice de la catéchèse, sans cesse revu et évalué, permettra au catéchiste de croître dans l'équilibre affectif, le sens critique, l'unité intérieure, la capacité de relations et de dialogue, l'esprit constructif et le travail d'équipe. 215Les qualités humaines suggérées par le GCM sont les suivantes: facilité de rapports humains et de dialogue, capacité de communication, disposition à la collaboration, rôle de guide, sérénité de jugement, compréhension et réalisme, capacité d'apporter réconfort et espérance... (cf. 21). Il cherchera avant tout à développer ces qualités par respect et amour envers les catéchumènes et les catéchisés: « Quelle est cette affection? Bien plus que celle d'un pédagogue, elle est celle d'un père; et plus encore: celle d'une mère. C'est cette affection que le Seigneur attend de chaque prédicateur de l'Evangile, de chaque bâtisseur de l'Eglise ». 216EN 79. La formation veillera en même temps à ce que l'exercice de la catéchèse alimente la foi du catéchiste en le faisant grandir comme croyant. Aussi la vraie formation alimentera surtout la spiritualité du catéchiste, 217Cf. ChL 60. afin que son activité naisse vraiment de son témoignage de vie. Chacun des thèmes catéctétiques qu'il dispense doit nourrir en premier lieu la foi du catéchiste. On catéchise les autres en se catéchisant d'abord soi-même. Pour finir, la formation alimentera constamment la conscience apostolique du catéchiste, son sens de l'évangélisation. Ainsi devra-t-il connaître et vivre le projet concret d'évangélisation de son Eglise diocésaine et celui de sa paroisse, pour se mettre au diapason de la conscience que l'Eglise particulière a de sa propre mission. La meilleure manière d'alimenter cette lucidité apostolique est de s'identifier avec la personne de Jésus-Christ, maître et formateur de ses disciples, en cherchant à faire sien le zèle qu'il a manifesté pour le Royaume. Grâce à l'exercice de la catéchèse, la vocation apostolique du catéchiste — soutenue par une formation permanente — mûrira peu à peu. La formation biblique et théologique du catéchiste
Le catéchiste doit non seulement être un témoin, mais aussi un maître qui enseigne la foi. Une formation biblique et théologique lui permettra d'avoir une connaissance organique du message chrétien, articulé autour du mystère central de la foi, Jésus-Christ. La formation doctrinale doit contenir toutes les parties d'un projet organique de catéchèse: – les trois grandes étapes de l'histoire du salut: l'Ancien Testament, la vie de Jésus-Christ et l'histoire de l'Eglise; – les grands noyaux du message chrétien: symbole, liturgie, vie morale et prière. A son niveau d'enseignement théologique, le contenu de la formation doctrinale d'un catéchiste est le même que celui que la catéchèse doit transmettre. Quant à l'Ecriture Sainte, elle devra être « comme l'âme de cette formation ». 218Cf. DGC (1971) 112. GCM 23 souligne l'importance primordiale de l'Ecriture Sainte dans la formation des catéchistes: « Que l'Ecriture Sainte continue à être le sujet principal d'enseignement et comme l'âme de toute l'étude théologique. Là où c'est nécessaire, que cet enseignement soit renforcé ». Le Catéchisme de l'Eglise catholique sera la référence doctrinale fondamentale, en même temps que le catéchisme de l'Eglise particulière ou locale.
Cette formation biblique et théologique doit avoir certaines qualités: a) Tout d'abord, elle doit avoir le caractère synthétique du message à transmettre, où les divers éléments de la foi chrétienne apparaissent, bien structurés et en harmonie entre eux, dans une vision organique qui respecte la « hiérarchie des vérités ». b) Cette synthèse de foi sera telle qu'elle aidera le catéchiste à mûrir dans sa foi, et en même temps, l'habilitera à rendre raison de l'espérance au temps de la mission. « La formation doctrinale des fidèles se révèle de nos jours de plus en plus urgente, du fait non seulement du dynamisme naturel d'approfondissement de la foi, mais aussi de la nécessité de rendre raison de l'espérance qui est en eux en face du monde et de ses problèmes graves et complexes ». 219ChL 60c. c) Cette formation théologique sera très proche de l'expérience humaine, capable de faire le lien entre les différents aspects du message chrétien et la vie concrète des hommes et des femmes, « pour l'inspirer ou pour la critiquer, à la lumière de l'Evangile ». 220CT 22. Tout en restant un enseignement théologique, elle doit adopter, en quelque sorte, un style catéchétique. d) Enfin, cette formation sera telle que le catéchiste « pourra non seulement transmettre exactement le message évangélique, mais encore rendre les catéchisés capables de recevoir ce message de manière active; il pourra également discerner dans l'itinéraire spirituel des catéchisés ce qui est en accord avec la foi ». 221DGC (1971) 112. Les sciences humaines dans la formation du catéchiste
Le catéchiste apprend à connaître l'homme et la réalité dans laquelle il vit en utilisant aussi les sciences humaines, qui de nos jours ont rejoint un point extraordinaire de développement. « Que dans la pastorale, on ait une connaissance suffisante non seulement des principes de la théologie, mais aussi des découvertes scientifiques profanes, notamment de la psychologie et de la sociologie, et qu'on en fasse usage: de la sorte, les fidèles, à leur tour, seront amenés à une plus grande pureté et maturité dans leur vie de foi ». 222GS 62b. Il est nécessaire que le catéchiste soit mis au contact d'au moins quelques notions fondamentales de psychologie: les dynamismes psychologiques de l'homme; la structure de sa personnalité; les besoins et les attentes les plus profondes du cœur humain; la psychologie évolutive et les étapes du cycle de vie de l'homme; la psychologie religieuse et les expériences qui ouvrent l'homme au mystère du sacré. Les sciences sociales permettent de connaître le contexte socio-culturel dans lequel l'homme vit, et qui l'influence puissamment. C'est pourquoi, dans la formation du catéchiste « on analysera les conditions sociologiques, culturelles et économiques, puisque ces données de la vie collective peuvent avoir une grande influence sur le développement de l'évangélisation ». 223DGC (1971) 100. En même temps que ces sciences, explicitement recommandées par le Concile Vatican II, d'autres doivent faire partie, d'une manière ou d'une autre, de la formation des catéchistes, notamment les sciences de l'éducation et de la communication. Quelques critères pour l'usage des sciences humaines dans la formation des catéchistes
Ces critères sont: a) Le respect de l'autonomie des sciences: « l'Eglise affirme l'autonomie légitime de la culture et particulièrement celle des sciences ». 224GS 59. b) Le discernement évangélique des différentes tendances ou écoles psychologiques, sociologiques et pédagogiques: leurs valeurs et leurs limites. c) L'étude des sciences humaines n'est pas une fin en soi dans la formation du catéchiste. On prend conscience de la situation existentielle, psychologique, culturelle et sociale de l'homme en regardant vers la foi à laquelle on doit l'éduquer. 225« L'enseignement des sciences humaines, étant donné l'étendue et la diversité de ces disciplines, pose de sérieux problèmes de choix et de mise en place. Du moment qu'il ne s'agit pas de former des spécialistes en psychologie mais des catéchistes, la règle à suivre est de discerner et de choisir ce qui peut directement leur servir à acquérir une aptitude à la communication » (DGC [1971] d) La théologie et les sciences humaines, dans la formation des catéchistes, doivent se féconder réciproquement. Il faut donc éviter que ces sciences deviennent la seule norme pour la pédagogie de la foi, sans tenir compte des critères théologiques qui dérivent de la pédagogie même de Dieu. Il s'agit de disciplines fondamentales, nécessaires, mais toujours au service d'une activité évangélisatrice qui n'est pas seulement humaine. 226Un texte fondamental pour l'usage des sciences humaines dans la formation des catéchistes reste cette recommandation du Concile Vatican II en GS 62: « Que les fidèles vivent donc en très étroite union avec les autres hommes de leur temps et qu'ils s'efforcent de comprendre à fond leurs façons de penser et de sentir, telles qu'elles s'expriment par la culture. Qu'ils marient la connaissance des sciences et des théories nouvelles, comme des découvertes les plus récentes, avec les mœurs et l'enseignement de la doctrine chrétienne, pour que le sens religieux et la rectitude morale marchent de pair chez eux avec la connaissance scientifique et les incessants progrès techniques; ils pourront ainsi apprécier et interpréter toutes choses avec une sensibilité authentiquement chrétienne ».