« Ils étaient tous deux justes, se conduisant selon tous les commandements et prescriptions du Seigneur, sans reproche. » Que répliqueront à cela ceux qui, cherchant excuse à leurs péchés, pensent que l'homme ne peut demeurer sans pécher fréquemment, et utilisent ce verset, qui est écrit en Job : « Personne n'est exempt de souillure, pas même s'il n'a qu'un jour de vie ; et sur terre il a encore de longs mois à passer » (Job, XIV, 4, Septante) ? Voici comment leur répondre : d'abord qu'ils précisent ce que veut dire être sans péché ; est-ce n'avoir absolument jamais péché, ou avoir cessé de pécher ? S'ils pensent qu'être sans péché, c'est avoir cessé de pécher, je suis de leur avis, car « tous ont péché et ont besoin de la gloire de Dieu » (Rom., III, 23). Mais s'ils nient qu'ayant corrigé ses anciens égarements pour passer à un genre de vie où l'on évite le péché, on puisse s'abstenir de manquements, je ne saurais me ranger à leur opinion ; car nous lisons que « le Seigneur a aimé l'Église au point de se la présenter glorieuse, sans tache ni ride ni rien de semblable, mais sainte et immaculée » (Éphés., V, 25, 27). Car l'Église étant recrutée parmi les Gentils, donc parmi les pécheurs, comment, faite de souillés, peut-elle être immaculée, sinon parce que d'abord la grâce de Dieu l'a purifiée du péché, puis parce que, s'imposant une vie sans péché, elle se préserve des fautes ? Ainsi elle n'est pas dès le début sans tache — c'est chose impossible à la nature humaine — mais par la grâce de Dieu et par son genre de vie, ne péchant plus, elle en vient à apparaître sans tache.