Et ce n'est pas sans raison qu'on les dit « justes devant Dieu, se conduisant selon les commandements et prescriptions du Seigneur », ce qui implique le Père tout-puissant et le Fils. C'est le Fils qui a porté la Loi, imposé les préceptes : à son tour le saint évangéliste le déclare. Et il est à propos de dire « justes devant Dieu » : car ceux qui sont justes devant l'homme ne sont pas tous également justes devant Dieu. Autre est le regard des hommes, autre celui de Dieu ; les hommes voient le visage, Dieu le coeur (I Sam., XVI, 7, Septante). Aussi peut-il arriver que tel, qui brigue les bonnes grâces du populaire, me paraisse juste et ne le soit pas devant Dieu, si sa justice n'est pas le fait d'une âme simple, mais est feinte par adulation : ce qui s'y cache, l'homme ne peut le démêler. Le parfait mérite est donc d'être juste devant Dieu, ce qui fait dire à l'Apôtre : « Sa louange ne vient pas des hommes, mais de Dieu. » (Rom., II, 29.) Heureux vraiment celui qui aux yeux de Dieu est juste ; heureux celui de qui le Seigneur daigne dire : « Voici un véritable Israélite, en qui il n'y a pas de dissimulation » (Jn, I, 47) : car le véritable Israélite est celui qui voit Dieu, qui sait que Dieu le voit et qui lui dévoile les secrets de son coeur. On n'est vraiment parfait que si l'on est reconnu par Celui qui ne peut être trompé ; car « les jugements du Seigneur sont vrais » (Ps. 18, 9) et les jugements des hommes souvent sont erronés, au point qu'ils attribuent souvent aux injustes le mérite de la justice, tandis que le juste est poursuivi de leur haine ou sali de leur mensonge. « Le Seigneur, Lui, connaît les voies des hommes sans tache » (Ps. 36, 18) ; II ne prend pas pour un pécheur celui qui est louable, ni pour louable le pécheur, mais juge chacun à la mesure des mérites qui lui appartiennent ; II apprécie à la fois la pensée et l'acte. Les jugements divins mesurent le mérite du juste aux dispositions de son âme, non au résultat tel quel de ses actes ; car souvent la bonne intention est défigurée en aboutissant à un acte répréhensible, tandis qu'une pensée mauvaise est voilée par la belle apparence d'un acte. Mais le bien même que vous aurez pu faire, le jugement divin, si votre calcul était pervers, ne saurait l'approuver; car il est écrit : « A juste titre vous poursuivez ce qui est juste » (Deut., XVI, 20) ; or, s'il n'était pas possible de faire injustement acte juste, on n'eût jamais dit : « A juste titre vous poursuivez ce qui est juste. » Et certes le Sauveur Lui-même nous a enseigné qu'on peut faire injustement un acte juste, en disant : « Quand vous ferez l'aumône, ne faites pas sonner de la trompette devant vous » (Matth., VI, 2) et « quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites » (Ib.t 5). C'est un bien que la miséricorde, c'est un bien que la prière ; mais on peut le faire injustement, si c'est par gloriole que l'on donne au pauvre afin d'être vu des hommes.