Aussi bien les Juifs ne l'ont pas vu, tout en le voyant. Abraham l'a vu, car il est écrit : « Abraham a vu mon jour et s'en est réjoui » (Jn, VIII, 56). Donc Abraham l'a vu, et pourtant il est certain qu'il n'a pas vu le Seigneur dans son corps. Mais le voir en esprit, c'est le voir corporellement ; au contraire, le voir corporellement sans le voir en esprit, ce n'est même pas voir corporellement ce que l'on semble voir. Isaïe l'a vu et, comme il le voyait en esprit, il l'a vu également dans son corps. Ne dit-il pas : « II n'avait ni apparence ni beauté » (Is., LIII, 2) ? Les Juifs ne l'ont pas vu : « Leur coeur insensé a été aveuglé » (Rom., I, 21). Lui-même d'ailleurs atteste que les Juifs ne pouvaient le voir : « Guides aveugles, dit-II, vous filtrez le moucheron, et le chameau vous l'avalez ! » (Matth., XXIII, 24). Pilate ne l'a point vu. Ils ne l'ont point vu, ceux qui criaient : « Crucifiez-le, crucifiez-le! »,« car s'ils l'avaient vu, jamais ils n'auraient crucifié le Seigneur souverain » (I Cor., II, 8). Voir Dieu, c'est donc voir l'Emmanuel, c'est voir Dieu avec nous. Qui n'a pas vu Dieu avec nous n'a pu voir Celui qu'une Vierge a enfanté. Aussi bien ceux qui ne l'ont pas cru Fils de Dieu ne l'ont pas davantage cru Fils d'une Vierge.