Cette locution ne doit pas nous donner à croire que la parole soit servie plutôt qu'entendue. Il ne s'agit pas d'une parole articulée, mais de ce Verbe substantiel qui « s'est fait chair et a habité parmi nous » (Jn, I, 14). Ce n'est donc pas, comprenons-le, d'une parole quelconque, mais de ce Verbe divin, que les Apôtres ont été les ministres. On lit cependant dans l'Exode que « le peuple voyait la voix du Seigneur » (Ex., XX, 18) ; or il est clair que la voix ne se voit pas mais s'entend ; qu'est-ce que la voix ? un son, qui ne tombe pas sous les yeux, mais que l'oreille perçoit. Pourtant c'est une pensée profonde qui a déterminé Moïse à affirmer que l'on voit la voix de Dieu : au dedans de l'âme un regard la contemple. Mais dans l'Évangile ce n'est pas une voix qui est vue ; c'est ce qui est supérieur à la voix, le Verbe. Aussi l'évangéliste S. Jean dit-il : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu et vu, contemplé de nos yeux et touché de nos mains du Verbe de vie ; car la Vie s'est manifestée, et nous l'avons vue, et nous en témoignons, et nous vous annonçons la Vie qui était chez le Père et s'est manifestée à nous » (I Jn, I, 1 sqq.). Vous le voyez donc, le Verbe de Dieu a été vu aussi bien qu'entendu par les Apôtres. Ils ont vu le Seigneur, non seulement dans son corps mais même en tant que Verbe ; ils ont vu le Verbe, ceux qui avec Moïse et Élie ont vu la gloire du Verbe (Matth., XVII, 3). Ceux-là ont vu Jésus, qui l'ont vu dans sa gloire, non les autres, qui n'ont pu voir que son corps : car il n'est pas donné aux yeux du corps, mais à ceux de l'âme, de voir Jésus.