Ce changement d'emblème a pour dessein de faire comprendre, par une gradation dans la comparaison, qu'il y a déjà chez l'homme un certain progrès et apprivoisement ; car, jusque-là informes d'aspect, dépourvus d'ornements, stériles et sans fruit, sans raison pour progresser, les voici représentés sous la figure des arbres, qui, par un avantage presque spirituel de leur nature, sont de belle apparence, agréables d'aspect, fertiles et fructueux, poussent leur cime, étendent leurs branches, sont chargés de fruits, revêtus de feuillage. Et plaise à Dieu que nous puissions imiter le naturel des arbres féconds et, par l'accroissement de nos mérites, soutenus par les racines d'une persévérante humilité, élevés de terre, beaux à voir, hausser la cime vigoureuse de nos oeuvres fructueuses, de peur que la cognée du cultivateur évangélique ne tranche à la racine un tronc sauvage ! car « malheur à moi, si je n'évangélise pas ! » (I Cor., IX, 6). Mais ceci est la parole d'un Apôtre ; malheur à moi, si je ne pleure mes péchés ! malheur à moi, si je ne me lève pas au milieu de la nuit pour vous louer ! (Ps. 118, 62) malheur à moi, si je trompe mon prochain ! malheur, si je ne dis pas la vérité ! La cognée est déjà sur la racine : fasse qui le peut du fruit de grâce, qui le doit du fruit de pénitence ! Le Seigneur est là pour recueillir le fruit, donner la vie aux féconds, découvrir les stériles. Voici trois années qu'il vient (Lc, XIII, 7) et II n'a pu trouver du fruit chez les Juifs : puisse-t-il en trouver chez nous ! Il va faire abattre ceux qui n'ont pas de fruit pour qu'ils n'encombrent pas le sol ; mais à ceux qui n'ont pas encore de fruit de faire effort pour en rapporter à l'avenir ! Le bon cultivateur du champ interviendra pour nous les stériles, pour nous les infructueux, afin qu'on nous accorde un délai, qu'on use de patience : peut-être nous aussi pourrons-nous porter quelque fruit pour Dieu...