Mais, pour revenir au récit, que signifient ces paroles dites par la sage-femme : « Celui-ci va sortir le premier », sinon qu'il représentait en figure Celui qui, venu plus tard dans la chair, mais étant premier par sa puissance et sa réalité, a revendiqué la primauté sur toutes choses ? De là ce mot de Jean : « Après moi vient un homme qui est passé avant moi » (Jn, I, 27). Que signifie l'écarlate qu'elle a noué à sa main ? N'a-t-il pas été l'emblème de Celui qui, par le signe de sa croix et par l'effusion de son sang, a annobli l'activité humaine ? Aussi, après qu'il eut retiré la main, comme par une brèche ouverte dans une paroi, sortit son frère ; l'Apôtre l'appelle le mur intermédiaire de séparation ou de clôture (Éphés., II, 14) ; et il a tiré son nom de cette brèche : car Phares veut dire séparation ; d'où le nom des Pharisiens, parce qu'ils se séparaient du commerce de la multitude. Or il eût été plus heureux et bien préférable que la paroi ne fût pas divisée, mais demeurât une et indivise : ce qui eût pu se réaliser, si à cette vie qui la première passa la main, c'est-à-dire montra son activité, avait répondu le service de la vie qui a suivi. Oui, il eût beaucoup mieux valu que le peuple circoncis voulût bien imiter la vie de ses ancêtres ; de la sorte, il n'y aurait eu qu'une paroi, qu'un mur, qu'un édifice, pour les ancêtres et leur postérité. Mais comme cette première manière de vivre n'a pu être soutenue par la faiblesse de l'âge suivant, il y eut indubitablement rupture de cette clôture ou muraille qui avait été élevée selon Dieu ; et c'est comme une paroi intermédiaire qui s'est interposée, interrompant cette clôture qu'est l'édifice permanent et continu des bonnes mœurs. Car la clôture est ce qui entoure le champ fertile, empêche le voleur d'y pénétrer, renferme les cultures, les sépare des friches. La muraille, de son côté, clôt la maison ; si elle demeure, la maison est en sécurité ; aussi bien « j'ôterai sa muraille, est-il dit, et elle sera mise au pillage » (Is., V, 5).