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Traité sur l'Évangile de Luc

EXLU · Ambroise de Milan · 389 · FR · 1068 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Quant aux douze générations que l'évangéliste semble avoir énumérées après Jéchonias, si vous y regardez avec soin, vous pourrez ici encore trouver le compte des quatorze générations : car il y a douze générations d'énumérées jusqu'à Joseph, non jusqu'au Christ, et en treizième lieu vient le Christ, de Joseph. Mais peu importe que le mécompte porte sur deux générations ou sur une seule ; cependant, même ici, vous ne rencontrerez ni le récif de Caprée ni le naufrage de la vérité. L'histoire en effet nous apprend qu'il y eut deux Joachim, c'est-à-dire deux Jéchonias, engendrés l'un avant l'exil, l'autre au cours même de l'exil, à savoir le père et le fils. Donc le père a été compté parmi les générations antérieures — c'est lui qui a succédé à Josias — le fils parmi celles qui suivent : il a succédé à son père, et c'est le petit-fils de Josias. Or qu'ils aient été deux, les Livres des Rois l'indiquent, car il est écrit : « Pharaon fut maître d'Israël du temps où Joachim, fils de Josias, régnait en Judée à la place de son père Josias ; et il changea le nom de Joachim en le faisant roi, et il régna onze ans à Jérusalem » (II Rois,XXIII, 34, 36). Et l'on ajoute : « Le reste des actions de Joachim et tout ce qu'il a fait, n'est-ce pas écrit au Livre des Actions, aux jours de ceux qui ont régné sur la Judée ? Et Joachim reposa avec ses pères, et Joachim son fils régna à sa place. Joachim avait dix-huit ans et, devenu roi, il régna trois mois à Jérusalem. Sa mère se nommait Mesola. Et tout ce que son père avait fait sous les yeux du Seigneur, il le fit lui-même. Et, à son époque, Nabuchodonosor, roi de Babylone, monta à Jérusalem » (II Rois,XXIV, 5 sqq., 8-10). Vous voyez donc que l'un fut fils de Josias, l'autre son petit-fils ; son fils est celui à qui Jérémie a donné son nom (Jér., XXXVII, 1) ; son petit-fils, celui qui a reçu le nom de son père. Et S. Matthieu a bien fait de ne pas se séparer du prophète, et de l'appeler non pas Joachim, mais Jéchonias. Du même coup, comme nous l'avons dit plus haut, il fait ressortir davantage les trésors de bonté du Seigneur, puisque le Seigneur n'a pas exigé de tous la noblesse de la race mais a voulu naître de captifs et de pécheurs, comme il convenait à Celui qui venait annoncer leur rachat aux captifs. Donc l'évangéliste n'a supprimé ni l'un ni l'autre mais les a indiqués tous deux, puisque l'un et l'autre se nommaient Jéchonias. Ainsi, en ajoutant Jéchonias le Jeune, on compte quatorze générations. Voilà donc pour Matthieu.