Le pouvoir ne vient donc pas du diable, mais est exposé aux embûches du diable. Il ne s'ensuit pourtant pas que l'institution des pouvoirs soit mauvaise du fait que les pouvoirs sont exposés au mal ; car il est bien de chercher Dieu, mais dans cette recherche même peut se glisser la déviation et l'erreur : si celui qui cherche est détourné vers le sacrilège par une interprétation tortueuse, l'achoppement de ce chercheur a de pires résultats que s'il n'avait pas cherché ; pourtant la faute n'en est pas à la recherche, mais au chercheur, et ce n'est pas la recherche qui expose au mal, mais les dispositions du chercheur. Or si celui qui cherche Dieu est souvent tenté par la faiblesse de la chair et les limites de l'intelligence, combien plus celui qui cherche le siècle est-il exposé ! Et le grand danger de l'ambition consiste en ce qu'elle se fait caressante pour capter les dignités ; et souvent de ceux que nul vice n'a pu charmer, nulle luxure émouvoir, nulle avarice ébranler, l'ambition fait des criminels. Elle procure la faveur du dehors, le péril au-dedans, et, pour dominer les autres, commence par être esclave ; elle se prodigue en courbettes pour recevoir les honneurs et, voulant être au pinacle, se ravale : car, dans le pouvoir même, ce qui compte est étranger; on fait la loi aux lois, on est son propre esclave.