Plusieurs encore pensent comme il suit de Jean lui-même : il était assez grand prophète pour reconnaître le Christ, pour annoncer que la rémission des péchés allait avoir lieu ; mais pourtant, non par doute mais par affection, le prophète, ayant cru à son avènement, n'a pas cru qu'il dût mourir. Ce n'est donc pas sa foi mais son affection qui a douté ; Pierre aussi a douté, quand il disait : « De grâce, Seigneur, cela ne se fera pas » (Matth., XVI, 22) ; ce prince de la foi, à qui le Christ n'avait pas encore dit qu'il était Fils de Dieu et qui cependant l'avait cru, sur le sujet de la mort du Christ n'a pas cru le Christ Lui-même. C'est sentiment pieux, non défaillance impie. Aussi bien ailleurs ne veut-il pas qu'il lui lave les pieds (Jn, XIII, 18) : ne reconnaissant pas le mystère, il est choqué de la condescendance du Seigneur. Ainsi même les saints n'ont pas cru que le Christ dût mourir ; car « ce que l'?il n'a pas vu ni l'oreille entendu, ce qui n'est pas monté au coeur de l'homme, Dieu l'a préparé à ceux qui l'aiment » (I Cor., II, 9). Chez ceux donc qui sont religieux, une erreur de l'amour n'entrave pas la foi.