Mais comme le profit est mince, et faible la richesse en mérites, quand c'est la crainte du supplice qui empêche de s'égarer, puisque la charité et l'amour ont une dignité supérieure, le Seigneur aiguise notre zèle à mériter sa faveur et nous enflamme du désir d'acquérir Dieu, en disant : « Je suis venu mettre le feu à la terre », non pas certes le feu qui consume les biens, mais celui qui produit la volonté bonne, qui rend meilleurs les vases d'or de la maison du Seigneur en consumant le foin et la paille (I Cor., III, 12 ssq.), en dévorant toute la gangue du siècle, amassée par le plaisir mondain, oeuvre de la chair qui doit périr ; ce feu divin qui mettait la flamme aux os des prophètes, comme le dit Jérémie le saint : « C'est devenu comme un feu ardent qui brûle dans mes os » (Jér., XX, 9). Car il est un feu du Seigneur, dont il a été dit : « Un feu brûlera devant Lui » (Ps. 96, 3). Le Seigneur également est un feu, comme Il dit Lui-même : « Je suis le feu qui brûle sans consumer » (Ex., III, 2 ; cf. XXIV, 17 ; Deut., IV, 24 ; Hébr., XII, 29) : car le feu du Seigneur est la lumière éternelle ; c'est à ce feu que s'allument les lampes dont Il a dit plus haut : « Que vos reins soient ceints, et vos lampes ardentes. » C'est que, les jours de cette vie étant nuit, une lampe est nécessaire. Ce feu, Ammaùs23 et Cléopas témoignent que le Seigneur l'a mis en eux aussi, quand ils disent : « N'avions-nous pas le coeur brûlant, sur la route, lorsqu'il nous dévoilait les Écritures » (Lc, XXIV, 32) ? Ils ont ainsi enseigné avec évidence quelle est l'action de ce feu, qui éclaire l'intime du c?ur. C'est pour cela peut-être que le Seigneur viendra dans le feu (cf. Is., LXVI, 15; 16) : pour consumer tous les vices au moment de la résurrection, combler par sa présence les désirs de chacun, et projeter la lumière sur les mérites et les mystères.