Telle est la condescendance du Seigneur qu'il témoigne avoir à coeur de répandre en nous la dévotion, d'achever en nous la perfection, et de hâter pour nous sa Passion. N'ayant en Lui nul sujet de douleur, Il était pourtant angoissé de nos peines, et au moment de mourir laissait voir une tristesse qu'il n'avait pas conçue par crainte de sa mort, mais à cause du retard de notre rédemption, selon qu'il est écrit : « Quelle est mon angoisse jusqu'à ce que cela s'accomplisse ! » Certes Celui qui est angoissé jusqu'à l'accomplissement est assuré de l'accomplissement. Mais ailleurs encore : « Mon âme, dit-Il, est triste jusqu'à la mort » (Matth., XXVI, 38). Ce n'est pas à cause de la mort, mais jusqu'à la mort, que le Seigneur est triste, étant affecté par les conditions de la sensibilité corporelle, non par la terreur de la mort. Car ayant pris un corps Il devait subir tout ce qui appartient au corps, avoir faim et soif, être angoissé et triste ; mais la divinité ne saurait être modifiée par ces impressions. En même temps Il montre que, dans la lutte avec la souffrance, la mort corporelle est délivrance de la torture, non paroxysme de la douleur. « Vous croyez que je suis venu apporter la paix sur terre ? Non, vous dis-je ; mais la séparation. Car désormais dans la même maison cinq personnes seront divisées, trois prenant parti contre deux, et deux contre trois. Le père sera opposé au fils, et le fils au père ; la mère à la fille, et la fille à la mère ; la belle-mère à sa bru, et la bru à sa belle-mère. »