Alors aussi l'âme ne se prête pas aux appâts du corps et ne succombe pas au charme des plaisirs charnels, mais pure et dégagée des servitudes de ce monde, elle gagne et attire les sens corporels à ses propres plaisirs, de sorte que l'habitude d'entendre et de lire la nourrisse d'un accroissement de vertu et la rassasie de l'aliment spirituel dont la vigueur intime lui fera ignorer la faim. En effet la sagesse est la nourriture de l'âme : festin admirable de suavité, qui n'alourdit pas les membres et ne se transforme pas en ignominie, mais en parure de la nature. Alors le bourbier des passions se change en temple de Dieu, et le réceptacle des vices commence d'être le sanctuaire des vertus. C'est bien ce qui arrive, quand la chair, revenant à son naturel, reconnaît ce qui nourrit sa vigueur, et, renonçant aux témérités de l'orgueil, épouse le jugement de l'âme qui la règle. Tel était son état quand elle reçut pour demeure les retraites du paradis, avant que, gâtée par le venin du funeste serpent, elle ne connût la faim sacrilège et ne passât outre, dans son désir de manger, au souvenir des préceptes divins qui demeurait attaché aux sens de l'âme.