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Traité sur l'Évangile de Luc

EXLU · Ambroise de Milan · 389 · FR · 1068 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Il y a jusque dans la nature de cet arbre de quoi vous convaincre davantage que cette comparaison le portrait de la Synagogue. Car, si vous y regardez de près, vous trouverez que les lois de cette espèce s'écartent de celles des autres arbres. Les autres portent leur fleur avant leur fruit, et annoncent les fruits à venir par la promesse de la fleur ; seul celui-ci produit dès le début des fruits en place de fleurs. Dans les autres la fleur tombe et les fruits naissent ; dans celui-ci les fruits tombent pour faire place aux fruits. Ainsi ces premiers essais de fruits poussent en guise de fleurs ; et pour avoir, dans leur naissance précoce, méconnu l'ordre de la nature, ils ne peuvent conserver le bienfait de la nature. En effet, c'est au point où d'ordinaire le bourgeon pousse du milieu de l'écorce que les menus fruits de cette espèce viennent à poindre. C'est d'eux que nous lisons, au Cantique des Cantiques, « le figuier pousse ses premiers fruits » (II,13). Ainsi, lorsque les autres arbres se couvrent de blancheur au début du printemps, le seul figuier ne sait pas se blanchir par ses fleurs, peut-être parce qu'il n'y a pas de maturité à attendre de ces sortes de fruits. Car d'autres surviennent, et ceux-ci, comme dégénérés, sont rejetés ; leur faible tige se dessèche, et ils font place à ceux pour qui la sève sera plus utile. Il en demeure pourtant quelques-uns, bien rares, qui ne tombent pas, ayant eu cette bonne fortune d'émerger sur une courte tige, entre deux palmettes : ainsi doublement couverts et protégés, comme au sein de mère nature, une sève plus abondante les a nourris et développés. Ceux-là, aidés par la clémence de l'air et de la température, ayant eu plus de loisir pour se former, deviennent, une fois dépouillé le naturel sauvage de leur suc primitif, préférables aux autres par leur beauté et l'agrément de leur maturité.