Et il n'y aura pas seulement deux meunières, mais deux travailleurs dans le même champ : l'un sera pris, bon semeur qui n'aura pas semé sur les chemins, mais en terrain labouré et cultivé (Lc, VIII, 5 ssq.), afin que la terre multiplie le grain enfoui par l'humilité, et non éparpillé par la jactance ; mais on laissera le semeur de l'ivraie, de laquelle on tire une farine inacceptable. Quels sont ces cultivateurs différents, nous pouvons le découvrir si nous prenons garde comment l'Apôtre a dit qu'il existe en nous deux voue, c'est-à-dire deux esprits (Rom,, VII, 23) : peut-être au sens que l'un appartient à l'homme extérieur qui se corrompt (II Cor.,IV, 16), l'autre à l'intérieur, qui se renouvelle par les mystères. Et peut-être le pire, chez celui-là, qui s'élève « d'une vaine enflure en l'esprit de sa chair et ne s'attache pas à la tête » (Col., II, 18 ssq.), est-il qu'il s'écarte de la pratique des préceptes salutaires de Notre-Seigneur Jésus-Christ : car Il est la tête de tous (Col., II, 10), comme le Créateur de tous. L'autre, bien préférable, est celui qui aime l'humilité, recherche la sagesse, n'oublie pas la miséricorde ; c'est le bon semeur, car « il a semé, donné aux pauvres : sa justice demeure à jamais » (Ps. 111, 9). Il est donc spirituel, l'autre est charnel. Car si les paroles de l'Apôtre nous font saisir que le séducteur qui s'exalte et bouffit en son coeur est gonflé par l'esprit de la chair, nous montrons aussi que l'homme saint se renouvelle par l'esprit de l'âme, puisque le même dit : « renouvelez-vous dans l'esprit de votre âme » (Éphés.,IV, 23). Il montre donc qu'il existe deux esprits, l'un qui devient l'esprit de la chair en succombant au péché, l'autre qui, uni à l'Esprit, désavoue les souillures de la chair.