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Traité sur l'Évangile de Luc

EXLU · Ambroise de Milan · 389 · FR · 1068 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Dans les divines Ecritures nous devons sans doute considérer non l'agencement des mots, mais le poids des choses : car on réussit mieux à réprimer les péchés par l'appareil en quelque sorte bestial d'un genre de supplice inouï et hideux. Cependant, pour ne pas donner, à ce propos même, du scandale à quelque infirme, ce n'est pas sans raison, pensons-nous, que sont mis ensemble la meule de l'âne, le cou de l'homme, le fond de la mer. Puisqu'on effet le peuple de la Gentilité a reçu l'âne comme emblème, ne vous semble-il pas tourner la meule de l'âne, tant qu'il tourne dans l'erreur de son ignorance ? Il est attaché des liens de sa nature, pour moudre la Parole, chercher Dieu ; mais plongé dans l'aveuglement par le voile de son esprit40 , il ne saurait élever vers Dieu le visage de son âme, ouvrir les yeux de son cœur. Aussi, sans entrain dans sa course, ramenant ses pas sans cesse au même point, il travaille malgré lui pour le profit d'autrui. Pourtant celui qui tourne la meule voit enfin le terme et l'achèvement de son travail, et il a l'espoir d'être débarrassé de ce qui l'aveugle ; mais celui au cou duquel on suspend la meule, porte la pierre, ayant refusé de porter le joug du Seigneur. L'âne va donc à la meule, l'aveugle à la pierre, le païen au rocher, pour adorer celui qu'il ne voit ni ne reconnaît : car Dieu « n'habite pas dans des constructions » (Act., VII, 48) ; ce n'est pas dans le rocher qu'on le reconnaît, mais en esprit.