Les particularités ethniques qui distinguent les différents groupes humains s'inscrivent dans l'aire du bien commun, sans suffire pour autant à sa définition complète 38Cf. Pius XII's encyclical letter Summi Pontificatus, AAS 31 (1939) 412-453.. Ce bien commun ne peut être défini doctrinalement dans ses aspects essentiels et les plus profonds, ni non plus être déterminé historiquement qu'en référence à l'homme ; il est, en effet, un élément essentiellement relatif à la nature humaine 39Cf. Pius XI's encyclical Mit brennender Sorge, AAS 29 (1937) 159, and his encyclical letter Divini Redemptoris, AAS 29 (1937) 65-106..
Ensuite, la nature même de ce bien impose que tous les citoyens y aient leur part, sous des modalités diverses d'après l'emploi, le mérite et la condition de chacun. C'est pourquoi l'effort des pouvoirs publics doit tendre à servir les intérêts de tous sans favoritisme à l'égard de tel particulier ou de telle classe de la société. Notre prédécesseur Léon XIII le disait en ces termes : « On ne saurait en aucune façon permettre que l’autorité civile tourne au profit d'un seul ou d'un petit nombre, car elle a été instituée pour le bien commun de tous 40Leo XIII's encyclical letter Immortale Dei." Acta Leonis XIII, V, 1885, p. 121.. » Mais des considérations de justice et d'équité dicteront parfois aux responsables de l'Etat une sollicitude particulière pour les membres les plus faibles du corps social, moins armés pour la défense de leurs droits et de leurs intérêts légitimes 41Cf. Leo XIII's encyclical letter Rerum novarum, Acta Leonis XIII, XI, 1891, pp. 133-134..
Ici Nous devons attirer l'attention sur le fait que le bien commun concerne l'homme tout entier, avec ses besoins tant spirituels que matériels. Conçu de la sorte, le bien commun réclame des gouvernements une politique appropriée, respectueuse de la hiérarchie des valeurs, ménageant en juste proportion au corps et à l'âme les ressources qui leur conviennent 42Cf. Pius XII's encyclical letter Summi Pontificatus, AAS 31 (1939) 433..
Ces principes sont en parfaite harmonie avec ce que Nous avons exposé dans Notre encyclique Mater et Magistra : « le bien commun embrasse l’ensemble des conditions de vie en société qui permettent à l'homme d'atteindre sa perfection propre de façon plus complète et plus aisée 43AAS 53 (1961) 417.. »
Composé d'un corps et d'une âme immortelle, l'homme ne peut, au cours de cette existence mortelle, satisfaire à toutes les requêtes de sa nature ni atteindre le bonheur parfait. Aussi les moyens mis en œuvre au profit du bien commun ne peuvent-ils faire obstacle au salut éternel des hommes, mais encore doivent-ils y aider positivement 44Cf. Pius XI's encyclical letter Quadragesimo anno, AAS 23 (1931) 215.. Rôles des pouvoirs publics à l'égard des droits et des devoirs de la personne
Pour la pensée contemporaine, le bien commun réside surtout dans la sauvegarde des droits et des devoirs de la personne humaine ; dès lors le rôle des gouvernants consiste surtout à garantir la reconnaissance et le respect des droits, leur conciliation mutuelle, leur défense et leur expansion, et en conséquence à faciliter à chaque citoyen l'accomplissement de ses devoirs. Car « la mission essentielle de toute autorité politique est de protéger les droits inviolables de l'être humain et de faire en sorte que chacun s'acquitte plus aisément de sa fonction particulière 45Cf. Pius XII's broadcast message, Pentecost, June 1, 1941, AAS 33 (1941) 200.. »
C'est pourquoi si les pouvoirs publics viennent à méconnaître ou à violer les droits de l'homme, non seulement ils manquent au devoir de leur charge, mais leurs dispositions sont dépourvues de toute valeur juridique 46Cf. Pius XI's encyclical letter Mit brennender Sorge, AAS 29 (1937) 159, and his encyclical Divini Redemptoris, AAS 29 (1937) 79; and Pius XII's broadcast message, Christmas 1942, AAS 35 (1943) 9-24.. Conciliation harmonieuse et protection efficace des droits et des devoirs de la personne
C'est donc là un devoir fondamental des pouvoirs publics d'ordonner les rapports juridiques des citoyens entre eux, de manière que l'exercice des droits chez les uns n'empêche ou ne compromette pas chez les autres le même usage et s'accompagne de l'accomplissement des devoirs correspondants. Il s'agit enfin de maintenir l'intégrité des droits pour tout le monde et de la rétablir en cas de violation 47Cf. Pius XI's encyclical letter Divini Redemptoris, AAS 29 (1937) 81, and Pius XII's broadcast message, Christmas 1942, AAS 35 (1943) 9-24..