TheoFonsAux sources de la foi

Pacem in Terris

PT · Jean XXIII · 1963 · FR · 170 paragraphes · Psaumes : Vulgate · vatican.va ↗ · AAS 55, p. 257 ↗

A la vie en société manqueraient l'ordre et la fécondité sans la présence d'hommes légitimement investis de l'autorité et qui assurent la sauvegarde des institutions et pourvoient dans une mesure suffisante au bien commun. Leur autorité, ils la tiennent tout entière de Dieu, comme l'enseigne sait Paul : « Il n'est pas d'autorité qui ne vienne de Dieu 28Rom. 13:1-6.. » La doctrine de l'Apôtre est ainsi expliquée par saint Jean Chrysostome : « Que voulez-vous dire ? Chacun des gouvernants serait-il établi par Dieu dans sa fonction ? Ce n'est pas ce que j’affirme, répondra Paul ; je ne parle pas des individus revêtus du pouvoir, mais proprement de leur mandat. Qu'il y ait des pouvoirs publics, que des hommes commandent, que d'autres soient subordonnés et que tout n'arrive pas au hasard, voilà, dis-je, ce qui est le fait de la sagesse divine 29In Epist. ad Rom. c. 13, vv. 1-2, homil. XXIII; PG 60. 615.. » En d'autres termes : puisque Dieu a doté de sociabilité la créature humaine ; mais puisque nulle société « n'a de consistance sans un chef dont l’action efficace et unifiante mobilise tous les membres au service des buts communs, toute communauté humaine a besoin d’une autorité qui la régisse. Celle. ci, tout comme la société, a donc pour auteur la nature et du même coup Dieu lui. même 30Leo XIII's encyclical epistle Immortale Dei, Acta Leonis XIII, V, 1885, p. 120.. »

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Pour autant l'autorité n'échappe point à toute loi. Elle consiste précisément dans le pouvoir de commander selon la droite raison. Dés lors toute sa force impérative lui vient de l'ordre moral, lequel à son tour repose sur Dieu, son principe et sa fin. « L'ordre absolu des vivants et la fin même de l'homme - de l’homme libre, sujet de devoirs et de droits inviolables, de l'homme origine et fin de la société - regardent aussi la cité comme communauté nécessaire et dotée de l’autorité ; sans celle-ci pas d'existence, pas de vie pour le groupe... Suivant la droite raison et surtout la foi chrétienne, cet ordre universel trouve nécessairement son origine en Dieu, être personnel et notre Créateur à tous ; par conséquent les titres des pouvoirs publics se ramènent à une certaine participation de l'autorité divine elle. même 31Cf. Pius XII's broadcast message, Christmas 1944, AAS 37 (1945) 15.. »

Aussi bien, si le pouvoir s'appuie exclusivement ou principalement sur la menace et la crainte des sanctions pénales ou sur la promesse des récompenses, son action ne réussit aucunement à susciter la recherche du bien commun ; y parviendrait-il, ce serait d'une façon étrangère à la dignité de l'homme, être libre et raisonnable. L'autorité est avant tout une force morale. Ses détenteurs doivent donc faire appel, en premier lieu à la conscience, au devoir qui incombe à tous de servir avec empressement les intérêts communs. Mais les hommes sont tous égaux en dignité naturelle ; aucun n'a le pouvoir de déterminer chez un autre le consentement intime ; ce pouvoir est réservé à Dieu, le seul qui scrute et qui juge les décisions secrètes de chacun.

Par suite, l'autorité humaine ne peut lier les consciences que dans la mesure où elle se relie à l'autorité de Dieu et en constitue une participation 32Cf. Leo XIII's encyclical epistle Diutumum illud, Acta Leonis XIII, 11, 1881, p. 274..

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Ainsi se trouve garantie la dignité même des citoyens, car l'obéissance qu'ils rendent aux détenteurs de l'autorité ne va pas à des hommes comme tels ; elle est un hommage adressé à Dieu, Créateur et Providence, qui a soumis les rapports humains à l'ordre qu'il a lui-même établi. Et, bien loin de nous abaisser en rendant à Dieu le respect qui lui est dû, nous ne faisons en cela que nous élever et nous ennoblir, puisque c'est régner que servir Dieu 33Cf. ibid., p. 278; also Leo XIII's encyclical epistle Immortale Dei, Acta Leonis XIII, V, 1885, p. 130..

L'autorité exigée par l'ordre moral émane de Dieu. Si donc il arrive aux dirigeants d'édicter des lois ou de prendre des mesures contraires à cet ordre moral et par conséquent, à la volonté divine, ces dispositions ne peuvent obliger les consciences, car « il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes 34Acts 5:29. ». Bien plus, en pareil cas, l'autorité cesse d'être elle-même et dégénère en oppression. « La législation humaine ne revêt le caractère de loi qu'autant qu'elle se conforme à la juste raison ; d'où il appert qu'elle tient sa vigueur de la loi éternelle. Mais dans la mesure où elle s'écarte de la raison, on la déclare injuste, elle ne vérifie pas la notion de loi, elle est plutôt une forme de la violence 35Summa Theol. Ia-IIae, q. 93., a.3 ad 2um; cf. Pius XII's broadcast message, Christmas 1945, AAS 37 (1945) 5-23.. »

L'origine divine de l'autorité n'enlève aucunement aux hommes le pouvoir d'élire leurs gouvernants, de définir la forme de l'Etat ou d'imposer des règles et des bornes à l'exercice de l'autorité. Ainsi la doctrine que Nous venons d'exposer convient à toute espèce de régime vraiment démocratique 36Cf. Leo XIII's encyclical epistle Diuturnum illud, Acta Leonis XIII, II, 1881, pp. 271-273; and Pius XII's broadcast message, Christmas 1944, AAS 37 (1945) 5-23.. La réalisation du bien commun, raison d’être des pouvoirs publics

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Tous les individus et tous les corps intermédiaires sont tenus de concourir, chacun dans sa sphère, au bien de l'ensemble. Et c'est en harmonie avec celui-ci qu'ils doivent pour. suivre leurs propres intérêts et suivre, dans leurs apports - en biens et en services - les orientations que fixent les pouvoirs publics selon les normes de la justice et dans les formes et limites de leur compétence. Les actes commandés par l'autorité devront être parfaitement corrects en eux-mêmes, d'un contenu moralement bon, ou tout au moins susceptible d'être orienté au bien.

Toutefois, la fonction gouvernementale n'ayant de sens qu'en vue du bien commun, les dispositions prises par ses titulaires doivent à la fois respecter la véritable nature de ce bien et tenir compte de la situation du moment 37Cf. Pius XII's broadcast message, Christmas 1942, AAS 35 (1943) 13, and Leo XIII's encyclical epistle Immortale Dei, Acta Leonis XIII, V, 1885, p. 120..

Notes

  1. 28. Rom. 13:1-6.
  2. 29. In Epist. ad Rom. c. 13, vv. 1-2, homil. XXIII;PG 60. 615.
  3. 30. Leo XIII's encyclical epistle Immortale Dei, Acta Leonis XIII, V, 1885, p. 120.
  4. 31. Cf. Pius XII's broadcast message, Christmas 1944, AAS 37 (1945) 15.
  5. 32. Cf. Leo XIII's encyclical epistle Diutumum illud, Acta Leonis XIII, 11, 1881, p. 274.
  6. 33. Cf. ibid., p. 278;also Leo XIII's encyclical epistle Immortale Dei, Acta Leonis XIII, V, 1885, p. 130.
  7. 34. Acts 5:29.
  8. 35. Summa Theol. Ia-IIae, q. 93., a.3 ad 2um;cf. Pius XII's broadcast message, Christmas 1945, AAS 37 (1945) 5-23.
  9. 36. Cf. Leo XIII's encyclical epistle Diuturnum illud, Acta Leonis XIII, II, 1881, pp. 271-273;and Pius XII's broadcast message, Christmas 1944, AAS 37 (1945) 5-23.
  10. 37. Cf. Pius XII's broadcast message, Christmas 1942, AAS 35 (1943) 13, and Leo XIII's encyclical epistle Immortale Dei, Acta Leonis XIII, V, 1885, p. 120.