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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 8 — Les hommes sont-ils élevés aux ordres angéliques ?

Objections :

1. Il semble que non. En effet, la hiérarchie humaine est placée sous la dernière des hiérarchies angéliques, de même que celle-ci est placée sous la deuxième, et celle-ci sous la première. Or les anges de la dernière hiérarchie ne sont jamais transférés dans la deuxième ou la première. Les hommes ne seront donc pas non plus transférés dans les ordres angéliques.

2. Il revient aux ordres angéliques d’accomplir certaines fonctions, comme de garder les hommes, de faire des miracles, de repousser les démons, et autres œuvres semblables qui ne paraissent pas convenir aux âmes des saints. Donc les hommes ne seront pas transférés dans les ordres angéliques.

3. De même que les bons anges induisent au bien, les démons induisent au mal. Mais c’est une erreur de dire que les âmes des hommes mauvais deviennent des démons : Saint Jean Chrysostome la condamne. Il semble donc que les âmes des saints, elles non plus, ne seront pas incorporées aux ordres angéliques.

En sens contraire :

dans l’évangile, de Saint Matthieu (22,30) le Seigneur dit des saints qu’" ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel ".

Réponse :

Nous l’avons dit c, les ordres des anges se distinguent d’après la condition de leur nature, et d’après les dons de la grâce. Donc, si l’on considère les ordres des anges d’après le degré de leur nature, sous ce rapport les hommes ne peuvent d’aucune façon entrer dans les ordres angéliques, car la diversité des natures subsistera toujours. C’est en se plaçant à ce point de vue que certains ont prétendu que les hommes ne pouvaient d’aucune manière parvenir à égalité avec les anges, ce qui est faux et en contradiction avec la promesse du Christ dans Saint Luc (20, 36), disant que les fils de la résurrection seront égaux aux anges dans les cieux. Ce qui relève de la nature joue le rôle de matière dans la définition des ordres ; l’achèvement vient du don de la grâce, laquelle dépend de la libéralité divine, non du degré de nature. C’est pourquoi, par le moyen de la grâce, les hommes peuvent mériter une gloire telle qu’elle les place à égalité avec les anges dans l’un ou l’autre de leurs ordres. Et c’est là, pour les hommes, prendre place dans les ordres angéliques.

Certains disent cependant que trouvent place dans les ordres angéliques, non pas tous ceux qui sont sauvés, mais seulement les vierges ou les parfaits, tandis que les autres constituent un ordre distinct de toute la société des anges. Pourtant Saint Augustin n’est pas de cet avis d ; pour lui, " il n’y aura pas deux sociétés, celle des hommes et celle des anges, mais une seule, car tous ont la même béatitude : adhérer au Dieu unique. "

Solutions :

1. La grâce est donnée aux anges en proportion de leur perfection naturelle. Il n’en est pas ainsi des hommes, nous l’avons dit précédemment. C’est pourquoi, de même que les anges inférieurs ne peuvent être élevés au degré de nature des anges supérieurs, de même ils ne peuvent être élevés à leur degré de grâce. Mais les hommes peuvent monter à ce degré de grâce sans monter au degré de nature qui lui correspond chez les anges.

2. Les anges, selon l’ordre naturel, sont intermédiaires entre Dieu et nous. C’est pourquoi, de loi commune, c’est eux qui administrent non seulement les choses humaines, mais aussi le monde corporel. Quant aux saints, même après cette vie, ils gardent la même nature que nous. Aussi, de loi commune, il ne leur revient pas d’administrer les choses humaines, et, comme dit Saint Augustin, " ils n’interviennent pas dans les affaires des vivants ". Cependant, par une disposition spéciale, il est concédé parfois à certains saints, vivants ou morts, d’exercer des offices de ce genre, comme de faire des miracles, de chasser les démons et autres œuvres semblables, comme Saint Augustin l’affirme dans le même livre.

3. Il n’est pas erroné de dire que les hommes mauvais subissent la peine des démons ; ce qui est faux, c’est de prétendre que les démons ne sont pas autre chose que les âmes des défunts. Et c’est cela que Chrysostome réprouve.