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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 3 — Du vrai comparé à l’étant

Objections :

1. Il semble que le vrai et l’être ne sont pas convertibles. Car on a dit que le vrai est proprement dans l’intelligence. Or l’étant est proprement dans l’univers réel. Donc ils ne sont pas convertibles.

2. Ce qui englobe l’étant et le non-étant n’est pas convertible avec l’étant. Mais c’est le cas du vrai, car il est vrai que ce qui est, est ; et que ce qui n’est pas, n’est pas.

3. Deux choses dont l’une est antérieure à l’autre ne semblent pas convertibles. Or, le vrai semble antérieur à l’étant, car celui-ci n’est objet de l’intelligence que sous la raison de vrai.

En sens contraire :

Le Philosophe assure que la situation des choses est la même dans l’ordre de l’être et dans l’ordre de la vérité.

Réponse :

Comme le bon se définit par rapport à l’appétit, de même le vrai par rapport à la connaissance. Or, dans la mesure où une chose

participe de l’être, dans cette mesure elle est connaissable. Et c’est ce qui fait dire à Aristote que “ l’âme est en quelque manière toutes choses ”, selon le sens et selon l’intellect. Il en résulte que, comme le bon est convertible avec l’étant, ainsi le vrai. Toutefois, de même que le bien ajoute à l’être la raison formelle d’attirance, de même le vrai ajoute à l’être un rapport à l’intelligence.

Solutions :

1. Comme on l’a dit, le vrai est dans l’intelligence et dans les choses. Le vrai qui est dans les choses s’identifie substantiellement à l’être. Mais le vrai qui est dans l’intelligence s’identifie à l’étant, comme ce qui manifeste s’identifie à ce qui est manifesté. Car cela appartient à la raison formelle du vrai, nous l’avons dit’. Toutefois, on peut dire encore que l’étant aussi, comme le vrai, est à la fois dans les choses et dans l’intelligence, bien que le vrai soit principalement dans l’intelligence, et l’étant principalement dans les choses ; ce qui a lieu parce que le vrai et l’être diffèrent formellement.

2. Le non-étant n’a pas en soi de quoi être connu ; il est connu uniquement pour autant que l’intelligence le rend connaissable. Le vrai est donc fondé sur l’étant, en ce que le non-étant est un être de raison, c’est-à-dire un étant dont l’être consiste en son appréhension par la raison

3. Lorsqu’on dit que l’étant ne peut être appréhendé que sous la raison de vrai, cela peut se comprendre de deux façons. On peut comprendre que l’étant n’est pas appréhendé si la raison formelle de vrai ne résulte pas de l’appréhension de l’étant, et en ce sens l’affirmation est exacte. Mais on pourrait comprendre aussi que l’étant ne pourrait être appréhendé sans que soit d’abord appréhendée la raison de vrai, et cela est faux. A l’inverse, le vrai ne pourrait être appréhendé si d’abord ne l’était celle de l’étant, car l’étant est inclus dans la raison de vrai. On pourrait de même comparer l’intelligible à l’étant. On ne pourrait pas, en effet, connaître l’étant s’il n’était pas intelligible ; et pourtant l’étant peut être intellectuellement connu sans que soit connue son intelligibilité. De même, l’étant que connaît l’intelligence est vrai, mais, en connaissant l’étant, on ne connaît pas pour autant le vrai.