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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — Du vrai comparé au bon

Objections :

1. Il semble que, selon l’ordre rationnel, le bien soit antérieur au vrai. En effet, selon le Philosophe, ce qui est le plus universel est premier selon l’ordre de la raison. Or le bien est plus universel que le vrai, car le vrai est un certain bien, celui de l’intelligence. Donc le bien est rationnellement antérieur au vrai.

2. Le bien est dans les choses ; le vrai est dans la composition et la division opérées par l’intelligence, nous l’avons dit. Mais les choses qui sont dans le réel sont antérieures à celles qui sont dans l’intelligence. Donc, selon l’ordre rationnel, le bon est antérieur au vrai.

3. La vérité est rangée par Aristote parmi les vertus ; or la vertu est comprise dans la catégorie du “ bon ”, étant, selon Saint Augustin , “ une bonne qualité de l’âme ”. Le bien est donc antérieur au vrai.

En sens contraire :

ce qui se trouve dans un plus grand nombre de choses a la priorité selon l’ordre de raison ; or le vrai se rencontre parmi les choses où il n’y a pas de bien, par exemple dans les entités mathématiques. Donc le vrai est antérieur au bien.

Réponse :

Quoique le bon et le vrai, quant au suppôt qu’ils qualifient, soient convertibles avec l’étant, ils diffèrent par leur raison formelle. Et, sous ce rapport, le vrai, absolument parlant, a priorité sur le bien. On peut le montrer de deux façons. Tout d’abord, par le fait que le vrai est plus proche que le bon de l’étant, qui, lui, est premier. En effet, le vrai concerne l’être lui-même immédiatement, tandis que la raison formelle de bon est consécutive à l’être en tant qu’il est, d’une certaine manière, parfait, car c’est ainsi qu’il est attirant. En second lieu, par nature, la connaissance précède l’appétit. Donc, puisque le vrai a rapport à la connaissance, et le bien à l’appétit, le vrai, selon l’ordre de la raison, aura la priorité sur le bien.

Solutions :

1. La volonté et l’intelligence s’incluent l’une l’autre, car l’intelligence connaît la volonté, et la volonté veut que l’intelligence connaisse. Ainsi donc, parmi les choses qui ont rapport à l’objet de la volonté, se trouvent également les choses de l’intelligence, et réciproquement. Par suite, dans le domaine de l’appétibilité, le bien se présente comme universel, et le vrai comme particulier ; mais, dans l’ordre de l’intelligibilité, c’est l’inverse. Donc, de ce qu’on observe que le vrai est un certain bien, il suit que le bien est premier dans le domaine de l’appétibilité, non purement et simplement.

2. Est antérieur dans l’ordre rationnel ce qui tombe d’abord sous les prises de l’intellect. Or, l’intellect appréhende d’abord l’étant lui-même ; deuxièmement, il s’appréhende lui-même connaissant l’étant ; et troisièmement, il s’appréhende comme désirant l’étant. Aussi, la raison d’étant est première ; celle de vrai, deuxième ; et celle de bon, troisième, quoique le bien soit dans les choses.

3. La vertu appelée vérité n’est pas la vérité en général, mais cette vérité particulière qui consiste à se montrer tel qu’on est, en paroles et en actes. La vérité de la vie est prise dans ce sens particulier que l’homme réalise dans sa vie ce à quoi il est ordonné par l’intelligence divine, dans le même sens où l’on dit qu’il y a de la vérité dans les autres choses. Quant à la vérité de la justice, elle consiste en ce que l’homme observe ce qu’il doit à autrui, selon la loi. Mais il ne faut pas, à partir de ces vérités particulières, passer à la vérité commune.