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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — La providence divine impose-t-elle la nécessité aux choses qui lui sont soumises ?

Objections :

1. Il semble que oui. Car tout effet dont la cause propre est déjà ou a été, si, cette cause étant posée, il ne peut pas ne pas suivre, est produit nécessairement, ainsi que le prouve Aristote. Mais la providence de Dieu, puisqu’elle est éternelle, préexiste, et il est nécessaire que l’effet projeté par elle advienne, car la providence divine ne saurait être en défaut. Donc la providence divine impose la nécessité à ce qu’elle gouverne.

2. Celui qui projette une œuvre l’assure le mieux qu’il peut contre toute défaillance. Or Dieu est tout-puissant. Donc il donne aux choses préparées par sa providence la stabilité que procure la nécessité.

3. Boèce dit en parlant du destin : “ A partir des données premières et immuables de la providence, il astreint les actes et le sort des hommes à l’infrangible connexion des causes. ” Il semble donc que la providence impose la nécessité aux choses qui lui sont soumises.

En sens contraire :

Denys écrit : “ Corrompre la nature n’est pas le fait de la providence divine. ” Or, par nature certaines choses sont contingentes. Donc la providence divine n’impose pas aux choses une nécessité qui exclurait la contingence.

Réponse :

La providence divine impose la nécessité à certaines choses ; mais non pas à toutes, comme l’ont cru quelques philosophes. Il appartient en effet à la providence d’ordonner les choses à leur fin. Or, après la bonté divine qui est la fin transcendante, le premier des biens immanents aux choses mêmes est la perfection de l’univers, perfection qui n’existerait pas si tous les degrés de l’être ne se rencontraient pas dans les choses. Il appartient donc à la providence divine de produire tous les degrés des étants. Et c’est pourquoi à certains effets elle a préparé des causes nécessaires afin qu’ils se produisent nécessairement, et à certains autres des causes contingentes pour qu’ils arrivent de façon contingente, selon la condition des causes prochaines.

Solutions :

1. L’effet de la providence divine n’est pas uniquement qu’une chose arrive d’une façon quelconque, mais qu’elle arrive, selon le cas, soit nécessairement, soit d’une manière contingente. Et c’est pourquoi un événement arrive infailliblement et nécessairement lorsque la providence divine a ordonné qu’il arrive ainsi ; et il arrive de façon contingente lorsque le plan de la providence divine a réglé qu’il arriverait ainsi.

2. L’ordre de la providence divine est immuable et certain précisément en ceci que toutes les choses qui lui sont soumises arrivent de la manière dont il a été disposé : nécessairement, ou de façon contingente .

3. Les paroles de Boèce sur l’immuable et indissoluble destin se rapportent à l’infaillibilité de la providence, dont les effets ne sauraient faire défaut, non plus que la manière, prévue par elle, dont ces effets se produisent. Cela ne concerne pas la nécessité des effets eux-mêmes. Car il faut considérer que le nécessaire et le contingent sont des attributs de l’étant en tant que tel. Aussi le mode de contingence ou de nécessité tombe-t-il sous la providence de Dieu, qui est le gérant de l’étant dans sa totalité, et non sous celle des agents particuliers.

Après la providence divine, il faut étudier la prédestination et le livre de vie (Q. 24).