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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 5 — N’y a-t-il en Dieu que ces deux processions ?

Objections :

1. De même qu’on attribue à Dieu la connaissance et le vouloir, on lui attribue aussi la puissance. Donc, si l’on conçoit deux processions en Dieu selon la connaissance et le vouloir, il faut en concevoir une troisième selon la puissance.

2. La bonté est par excellence principe de procession, puisqu’on dit que le bien est diffusif de soi. Il faut donc concevoir en Dieu une procession selon la bonté.

3. En Dieu, la fécondité a plus de puissance qu’en nous. Or en nous la procession du verbe n’est pas unique, mais multiple ; en effet, d’un verbe en nous procède un autre verbe ; et pareillement d’un amour, un autre amour. Donc en Dieu aussi, il y a plus de deux processions.

En sens contraire :

ils sont deux seulement qui procèdent en Dieu : le Fils et le saint Esprit. Il n’y a donc en lui que deux processions.

Réponse :

En Dieu on ne peut concevoir de procession que selon les actions qui demeurent dans l’agent. Or, des actions de ce genre, dans une nature intellectuelle et divine, il n’y en a que deux : l’intellection et le vouloir. Car la sensation, qui semble aussi une opération immanente au sujet sentant, n’appartient pas à la nature intellectuelle ; elle n’est d’ailleurs pas complètement étrangère au genre des actions ad extra, puisque la sensation s’accomplit par action du sensible sur le sens. Il reste donc qu’en Dieu, il ne peut y avoir d’autre procession que celle du verbe et de l’amour.

Solutions :

1. La puissance est principe de l’action qu’on exerce sur autre chose ; l’action évoquée par l’attribut de puissance est donc l’action ad extra. Dès lors, la procession évoquée dans ce même attribut n’est pas la procession d’une personne divine ; ce n’est que la procession des créatures.

2. Au dire de Boèce, le bien concerne l’essence, et non pas l’opération, sinon à titre d’objet de la volonté. Et comme il nous faut concevoir les processions divines à raison de quelque action, la bonté et les attributs du même genre ne nous donnent pas à saisir d’autres processions que celles du Verbe et de l’Amour, en tant que Dieu connaît et aime son essence, sa vérité et sa bonté.

3. C’est par un acte unique et simple que Dieu connaît tout, et pareillement veut tout ; on l’a dit plus haut. Il ne peut donc pas y avoir en lui de verbe procédant d’un autre verbe, ni d’amour procédant d’un autre amour ; il n’y a en lui qu’un Verbe parfait et qu’un Amour parfait. Et c’est en cela que se manifeste sa parfaite fécondité.