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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — Faut-il poser en Dieu une puissance relative aux actes notionnels ?

Objections :

1. Toute puissance est active ou passive, et ni l’une ni l’autre ne convient ici. Il n’y a pas de puissance passive en Dieu, on l’a déjà vu ; pas davantage de puissance active d’une personne visàvis d’une autre, puisque les personnes divines ne sont pas “ faites ”, on vient de le montrer. Il n’y a donc pas en Dieu de puissance concernant les actes notionnels.

2. On parle de puissance par rapport à un possible. Mais les personnes divines ne sont pas au nombre des possibles ; elles appartiennent aux réalités nécessaires. Il ne faut donc pas poser en Dieu de puissance relative aux actes notionnels, c’est-à-dire aux actes par lesquels procèdent les Personnes divines.

3. Le Fils procède comme Verbe, c’est-à-dire comme conception de l’intellect ; le saint Esprit procède comme Amour, ce qui ressortit à la volonté. Or, en Dieu, on parle bien de puissance par rapport à ses effets, mais non point par rapport

à la pensée ou à son vouloir, cela a été établi plus haut. On ne doit donc pas parler en Dieu de puissance relative aux actes notionnels.

En sens contraire :

Saint Augustin écrit : “Si Dieu le Père n’a pu engendrer un Fils égal à lui-même, où donc est la puissance de Dieu le Père ? ” Il y a donc bien en Dieu une puissance correspondant aux actes notionnels.

Réponse :

De même qu’on pose en Dieu des actes notionnels, il faut y poser une puissance concernant les actes en question. “ Puissance ” ne signifie rien d’autre que “ principe d’un acte ” ; et dès lors que nous saisissons le Père comme principe de génération, le Père et le Fils comme principe de spiration, il nous faut bien attribuer au Père la puissance d’engendrer et au Fils la puissance de spirer. En effet, la puissance d’engendrer est ce par quoi le géniteur engendre ; et quiconque engendre, engendre en vertu de quelque perfection. Il faut donc, en tout engendrant, poser une puissance d’engendrer ; et dans celui qui spire, une puissance de spirer.

Solutions :

1. Dans les actes notionnels, aucune Personne ne procède comme “ faite ”. Donc, quand on parle en Dieu de puissance relative aux actes notionnels, on ne pose pas comme terme une personne faite, mais seulement une personne qui procède.

2. Le possible qui s’oppose au nécessaire vient de la puissance passive ; celui-ci n’existe pas en Dieu ; il n’y a donc pas de possible de ce genre en Dieu. Il n’y a en lui que le possible inclus dans le nécessaire. En ce second sens, on dira fort bien : que Dieu existe, c’est possible ; et pareillement : qu’il engendre un Fils, c’est possible.

3. Puissance signifie principe ; et “ principe ” implique distinction d’avec ce qui procède de ce principe. Or, dans ce que nous attribuons à Dieu, on considère deux sortes de distinction : l’une est réelle, et l’autre de pure raison. Dieu se distingue réellement et par essence des choses dont il est principe, par création ; pareillement, une personne se distingue réellement de celle dont elle est principe par acte notionnel. Mais en Dieu, l’action ne se distingue pas de l’agent, sinon d’une distinction de raison ; sans quoi l’action serait un accident en Dieu. C’est pourquoi, au sujet des actions divines qui donnent lieu à la procession de réalités distinctes de leur principe (soit selon l’essence, soit selon l’hypostase), on peut attribuer à Dieu une puissance, au sens propre de principe : nous posons en lui une puissance de créer, et nous pouvons de même y poser une puissance d’engendrer ou de spirer. Mais connaître et vouloir ne sont pas de ces actes qui dénoncent la procession d’une réalité distincte de Dieu, soit selon l’essence, soit selon l’hypostase. On ne peut donc vérifier en lui une puissance concernant ces deux actes, sauf selon notre mode de penser et d’exprimer son mystère, car nous parlons encore en Dieu d’intellect et d’intellection, bien que l’intellection divine soit son essence même, et n’ait pas de principe.