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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — Les anges ont-ils été créés dans le ciel empyrée ?

Objections :

1. Il semble que non, car les anges sont des substances incorporelles qui ne dépendent pas d’un corps dans leur être, ni par conséquent dans leur devenir. Ils n’ont donc pas été créés dans un lieu corporel.

2. Saint Augustin affirme que les anges ont été créés dans la partie supérieure de l’air ; donc ils ne l’ont pas été dans le ciel empyrée.

3. Le ciel empyrée, c’est le ciel suprême ; il n’en est pas de plus élevé. Or, dans Isaïe (14,13), nous voyons l’ange pécheur s’écrier : “ Je monterai au ciel. ” Il ne se trouvait donc pas dans le ciel empyrée.

En sens contraire :

nous lisons dans la Glose de Walafrid Strabon : “ Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Le ciel dont il s’agit n’est pas le firmament visible, mais le ciel empyrée, ciel de feu ou ciel spirituel, ainsi appelé non pas à cause de son ardeur, mais de sa splendeur. Et aussitôt qu’il fut produit, il fut rempli par les anges. ”

Réponse :

Nous l’avons dit, les créatures, corporelles ou spirituelles, constituent un seul univers. Il y a donc un ordre entre elles, et les spirituelles président à toute la création corporelle. Il convenait donc que les anges fussent créés dans la partie suprême du monde corporel pour présider à tout l’ensemble de ce monde. Peu importe d’ailleurs que l’on donne à cette partie le nom de ciel empyrée ou une autre appellation : comme le dit Saint Isidore, le ciel suprême, c’est le ciel des anges, selon cette parole du Deutéronome (10,14) : “ C’est au Seigneur ton Dieu qu’appartiennent les cieux et les cieux des cieux. ”

Solutions :

1. Les anges ne sont pas créés dans un lieu corporel comme s’ils en dépendaient dans leur être ou dans leur devenir ; car Dieu aurait pu les créer avant tout le monde matériel, ainsi que le soutiennent beaucoup de saints Docteurs. Mais ils ont été produits dans un lieu corporel afin de montrer leur relation au monde matériel et parce qu’ils entrent en contact avec les corps par leur puissance.

2. Il se peut que Saint Augustin entende par partie supérieure de l’air le ciel suprême, avec lequel l’air possède un certain rapport en raison de sa subtilité et de sa transparence. Ou bien il veut parler seulement des anges pécheurs qui, selon certains, appartenaient aux hiérarchies inférieures. Dans ce cas, rien n’empêcherait de concevoir que les anges supérieurs, ayant une puissance plus élevée et plus universelle sur tous les corps, aient été créés dans la partie suprême du monde matériel ; les autres, ayant des vertus plus particulières, auraient été créés dans des parties inférieures du monde corporel.

3. Le ciel que l’ange pécheur veut atteindre n’est pas un ciel corporel, mais le ciel de la Trinité sainte, vers lequel il a voulu monter en s’égalant à Dieu, comme nous le montrerons plus loin.