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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 2 — Y a-t-il une ou plusieurs puissances dans l’âme ?

Objections :

1. Il semble qu’il n’y ait qu’une seule puissance dans l’âme. Car l’âme intellectuelle possède à un très haut degré la ressemblance divine. Or en Dieu il n’y a qu’une seule et simple puissance. Il en va donc de même dans l’âme intellectuelle.

2. Plus une puissance active est élevée dans l’ordre de l’être, plus son unité est profonde. Mais l’âme intellectuelle surpasse en puissance toutes les autres formes. Il lui convient donc, plus qu’à elles toutes, de ne posséder qu’une seule puissance.

3. L’action appartient à l’être en acte. Or, c’est par la même essence que l’homme possède l’être selon divers degrés de perfection. Ce sera donc par la même puissance qu’il accomplira les actions qui correspondent à ces différents degrés.

En sens contraire :

Le Philosophe met plusieurs puissances dans l’âme.

Réponse :

Il est nécessaire d’admettre une pluralité de puissances dans l’âme. Pour l’établir, reconnaissons, avec Aristote au traité Du Ciel, que les réalités inférieures ne peuvent atteindre à la perfection du bien, mais seulement à un état imparfait et cela au moyen de mouvements peu nombreux ; les réalités supérieures au contraire arrivent à la perfection, et par un grand nombre de mouvements ; mais il en est encore de plus élevées, celles qui parviennent à la perfection au moyen d’un petit nombre de mouvements. Le degré suprême se trouve chez celles qui la possèdent sans aucun mouvement. Par exemple, c’est avoir la moins bonne santé que de ne pouvoir l’obtenir parfaitement, mais médiocrement, moyennant quelques remèdes ; sera en meilleure disposition celui qui peut obtenir une parfaite santé, avec de nombreux remèdes ; cet autre le sera mieux encore, qui n’aura besoin que de peu de remèdes. La disposition excellente sera d’avoir sans aucun remède une parfaite santé.

Concluons donc : les réalités inférieures à l’homme parviennent à quelques biens particuliers ; aussi n’ont-elles d’actions et de puissances que peu nombreuses et strictement déterminées. L’homme peut arriver au bien universel et parfait, car il peut obtenir la béatitude. Il occupe cependant, par nature, le dernier rang parmi les êtres à qui convient la béatitude. Aussi l’âme humaine a-t-elle besoin d’opérations et de vertus nombreuses et diverses. Pour les anges, une aussi grande diversité ne convient pas. Et en Dieu, il n’y a ni puissance ni action en dehors de son essence.

Il est une autre raison pour laquelle l’âme humaine est douée d’un grand nombre de puissances différentes ; c’est qu’elle est la frontière du monde spirituel et du monde corporel ; c’est pourquoi les puissances de l’un et de l’autre s’unissent en elle.

Solutions :

1. L’âme humaine ressemble à Dieu davantage que les créatures inférieures, parce qu’elle peut atteindre à la perfection du bien. Toutefois, c’est par le moyen de puissances nombreuses et d’ordre différent ; c’est en cela que d’autres êtres lui sont supérieurs.

2. Une puissance parfaitement une est supérieure à d’autres si elle atteint les mêmes résultats que celles-ci. Mais une puissance multiforme sera supérieure à d’autres si elle a pouvoir sur un plus grand nombre de choses.

3. Une réalité unique n’a qu’un être substantiel, mais elle peut avoir plusieurs opérations. Il n’y a donc qu’une essence de l’âme, mais plusieurs puissances.