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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 13 — La conscience est-elle une puissance ?

Objections :

1. Pour Origène, la conscience est " l’esprit correcteur, le pédagogue qui accompagne l’âme pour l’éloigner du mal et l’attacher au bien ". Mais l’esprit désigne dans l’âme une certaine puissance : soit l’âme intelligente elle-même, selon la parole de Saint Paul (Ep 4, 23) : " Renouvelez l’esprit de votre âme. " Soit l’imagination : c’est ainsi que chez Saint Augustin, la vision imaginative est appelée spirituelle. La conscience est donc une puissance.

2. Il n’y a qu’une puissance de l’âme qui puisse être sujet du péché. Or la conscience est le sujet du péché. Saint Paul dit de certains (Ti 1, 15) : " Leur esprit même et leur conscience sont souillés. " Il semble donc que la conscience soit une puissance.

3. La conscience ne peut être qu’un acte, un habitus, ou une puissance. Or elle n’est pas un acte : autrement, elle ne serait pas permanente dans l’homme. Elle n’est pas non plus un habitus : sans quoi elle ne serait pas quelque chose de simple, mais de multiple, car nous nous dirigeons dans l’action au moyen de nombreux habitus de connaissance. La conscience est donc une puissance.

En sens contraire :

La conscience peut être mise de côté, mais non pas une puissance de l’âme. La conscience n’est donc pas une puissance.

Réponse :

À proprement parler, la conscience n’est pas une puissance, mais un acte. C’est évident d’après le nom même, et d’après les opérations qu’on lui attribue dans le langage usuel. D’après le nom d’abord, conscience marque le rapport d’une science avec quelque chose. En effet conscientia signifie cum alio scientia (connaissance avec autre chose). Or l’application d’une connaissance à quelque autre chose se réalise au moyen d’un acte. Donc, d’après l’étymologie même, il est évident que la conscience est un acte.

La même conclusion s’impose si l’on se réfère aux opérations attribuées à la conscience. On dit que la conscience atteste, oblige, incite, et encore accuse, donne du remords ou qu’elle reproche. Or tout cela procède de l’application d’une certaine science ou connaissance qui est en nous, à ce que nous faisons. Ce qui se réalise de trois manières. - 1. Lorsque nous reconnaissons que nous avons accompli ou non telle action. Comme dit l’Ecclésiaste (7, 22 Vg) : "Ta conscience sait que tu as souvent maudit les autres. " Et dans ce sens on dit que la conscience atteste. - 2. Cette application se fait encore, quand, par notre conscience, nous jugeons qu’il faut accomplir ou ne pas accomplir une action. On dit alors que la conscience incite ou oblige. - 3. Lorsque nous jugeons par la conscience que ce qui a été fait, a été bien fait, ou non. Et alors on dit que la conscience excuse, accuse ou reproche. Il est clair que tout cela découle de l’application actuelle de notre connaissance à notre action. Aussi, à proprement parler, la conscience désigne-t-elle un acte.

Mais du fait que l’habitus est le principe de l’acte, on attribue parfois le nom de conscience au premier habitus naturel, c’est-à-dire à la syndérèse. Ainsi fait Saint Jérôme. Saint Basile l’appelle " pouvoir naturel de juger ". Saint Jean Damascène dit que c’est " la loi de notre intelligence ". On a coutume en effet de nommer la cause et l’effet l’un par l’autre.

Solutions :

1. La conscience est appelée esprit, lorsqu’on emploie esprit dans le sens d’âme intelligente (mens). La conscience est en effet une sorte de décret de celle-ci.

2. On dit que la souillure est dans la conscience, non pas comme dans son sujet, mais comme le connu est dans la connaissance ; c’est-à-dire lorsque l’on sait qu’on est souillé.

3. Si l’acte ne demeure pas toujours dans sa réalité propre, cependant il est toujours dans sa cause : la puissance ou l’habitus. Or, même quand il y a plusieurs habitus à perfectionner la conscience, ils reçoivent leur valeur d’une seule cause, qui est l’habitus des premiers principes, ou syndérèse. De là vient que, spécialement, cet habitus est parfois nommé conscience, comme on vient de le dire.

Il faut maintenant étudier les puissances appétitives 1. Quatre questions sur ce sujet : 1. L’appétit en général (Q. 80). - 2. La sensibilité (Q. 81). - 3. La volonté (Q. 82). - 4. Le libre arbitre (Q. 83).