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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — Comment l’intellect connaît-il l’acte de volonté ?

Objections :

1. Il semble que l’intellect ne connaisse pas l’acte de la volonté. Car l’intellect ne connaît que ce qui est présent en lui de quelque façon. Or l’acte de volonté n’est pas dans l’intellect, puisqu’il s’agit de puissances différentes. L’acte de volonté n’est donc pas connu par l’intellect.

2. L’espèce de l’acte est déterminée par l’objet. Or l’objet de la volonté diffère de celui de l’intellect. Donc l’acte de la volonté et l’objet de l’intellect sont spécifiquement différents, et l’acte de la volonté n’est donc pas connu par l’intellect.

3. Saint Augustin dit que les sentiments de l’âme ne sont pas connus " par des images, comme les corps, ni par leur présence, comme les arts ; mais par des connaissances d’un certain genre ". Or semble-t-il, il ne peut y avoir dans l’âme d’autres connaissances des choses que celle de l’essence de ces choses, ou de leurs similitudes. Il paraît donc impossible que l’intellect connaisse ces sentiments de l’âme que sont les actes de la volonté.

En sens contraire :

Saint Augustin écrit au traité De la Trinité : " J’ai conscience que je veux. "

Réponse :

Comme on l’a dit précédemment, l’acte de volonté n’est rien d’autre qu’une inclination consécutive à la forme connue par l’intellect, de même que l’appétit naturel est consécutif à la forme naturelle. Or l’inclination de toute réalité est sous un mode naturel dans les choses ; l’inclination qu’est l’appétit sensible est sous un mode sensible dans les êtres dotés de sens ; et pareillement, l’inclination intellectuelle, qui est l’acte de la volonté, est sous un mode intelligible dans l’être intelligent, comme dans son principe et sujet propre. C’est pourquoi Aristote emploie cette expression : " La volonté est dans la raison. " Or ce qui est sous un mode intelligible dans un être intelligent doit en conséquence être connu par lui. L’acte de volonté est donc connu par l’intelligence en tant qu’on se perçoit en train de vouloir, et en tant qu’on connaît la nature de cet acte, et par suite la nature de son principe, habitus ou puissance.

Solutions :

1. Cet argument serait valable si la volonté et l’intellect étaient non seulement des puissances diverses mais encore avaient un sujet différent ; en ce cas, ce qui serait dans la volonté ne serait pas dans l’intellect.

Mais puisque l’une et l’autre ont leur racine dans la seule substance de l’âme, et que l’une est en quelque sorte principe de l’autre, il s’ensuit que ce qui est dans la volonté est d’une certaine façon dans l’intellect.

2. Le bien et le vrai, objets de la volonté et de l’intellect, se distinguent rationnellement, et cependant chacun d’eux est contenu dans l’extension de l’autre comme nous l’avons dit précédemment ; car le vrai est un certain bien, et le bien un certain vrai. C’est pourquoi ce qui concerne la volonté est accessible à l’intelligence, et ce qui concerne l’intellect accessible à la volonté.

3. Les sentiments de l’âme ne sont pas dans l’intellect par leurs similitudes comme les corps ; ni par leur présence dans leur sujet, comme les arts ; mais comme le dérivé est dans le principe qui contient la notion du dérivé. Voilà pourquoi Saint Augustin dit que les sentiments de l’âme sont dans la mémoire par des connaissances d’un certain genre.