TheoFons

Compendium de la doctrine sociale de l'Église

DSE · C. Justice & Paix · 2004 · FR · 583 paragraphes · vatican.va ↗

Le message fondamental de l'Écriture Sainte annonce que la personne humaine est une créature de Dieu (cf. Ps 139, 14-18) et discerne comme son élément distinctif et spécifique le fait d'être à l'image de Dieu: « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa » (Gn 1, 27). Dieu place la créature humaine au centre et au sommet de la création: à l'homme (en hébreu « adam »), modelé avec la terre (« adamah »), Dieu insuffle dans les narines le souffle de vie (cf. Gn 2, 7). En conséquence, « parce qu'il est à l'image de Dieu, l'individu humain a la dignité de personne: il n'est pas seulement quelque chose, mais quelqu'un. Il est capable de se connaître, de se posséder et de librement se donner et entrer en communion avec d'autres personnes, et il est appelé, par grâce, à une alliance avec son Créateur, à Lui offrir une réponse de foi et d'amour que nul autre ne peut donner à sa place ».204Catéchisme de l'Église Catholique, 357.

La ressemblance avec Dieu met en lumière que l'essence et l'existence de l'homme sont, de manière constitutive, en relation avec Dieu de la façon la plus profonde qui soit.205Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 356, 358. Cette relation existe en soi, elle n'arrive donc pas en un second temps, ni ne s'ajoute de l'extérieur. Toute la vie de l'homme est une demande et une recherche de Dieu. Cette relation avec Dieu peut être ignorée, ou même oubliée ou refoulée, mais elle ne peut jamais être éliminée. Parmi toutes les créatures du monde visible, en effet, seul l'homme est « “capable” de Dieu » (« homo est Dei capax »).206Catéchisme de l'Église Catholique, titre du 1er chapitre, 1ère Section, 1ère partie; cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 12: AAS 58 (1966) 1034; Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitae, 34: AAS 87 (1995) 440. La personne humaine est un être personnel créé par Dieu pour être en relation avec lui; elle ne peut vivre et s'exprimer que dans cette relation, et elle tend naturellement vers Dieu.207Cf. Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitae, 35: AAS 87 (1995) 440-441; Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1721.

La relation entre Dieu et l'homme se reflète dans la dimension relationnelle et sociale de la nature humaine. De fait, l'homme n'est pas un être solitaire, mais plutôt « de par sa nature profonde, (...) un être social, et, sans relations avec autrui, il ne peut ni vivre ni épanouir ses qualités ».208Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 12: AAS 58 (1966) 1034. À cet égard, il est significatif que Dieu ait créé l'être humain comme homme et femme 209Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 369. (cf. Gn 1, 27): « Il est d'autant plus significatif de voir l'insatisfaction qui s'empare de la vie de l'homme dans l'Éden tant que son unique point de référence demeure le monde végétal et animal (cf. Gn 2, 20). Seule l'apparition de la femme, d'un être qui est chair de sa chair, os de ses os (cf. Gn 2, 23) et en qui vit également l'esprit de Dieu créateur peut satisfaire l'exigence d'un dialogue interpersonnel, qui est vital pour l'existence humaine. En l'autre, homme ou femme, Dieu se reflète, lui, la fin ultime qui comble toute personne ».210Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitae, 35: AAS 87 (1995) 440.

L'homme et la femme ont la même dignité et sont d'égale valeur,211Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 2334. non seulement parce que tous deux, dans leur diversité, sont l'image de Dieu, mais plus profondément encore parce que le dynamisme de réciprocité qui anime le nous du couple humain est image de Dieu.212Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 371. Dans le rapport de communion réciproque, l'homme et la femme se réalisent profondément eux-mêmes, en se situant en tant que personnes à travers le don sincère de soi.213Cf. Jean-Paul II, Lettre aux familles Gratissimam sane, 6, 8, 14, 16, 19-20: AAS 86 (1994) 873-874, 876-878, 893-896, 899-903, 910-919. Leur pacte d'union est présenté dans l'Écriture Sainte comme une image du Pacte de Dieu avec les hommes (cf. Os 1-3; Is 54; Ep 5, 21-33) et, en même temps, comme un service en faveur de la vie.214Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 50: AAS 58 (1966) 1070-1072. De fait, le couple humain peut participer à la créativité de Dieu: « Dieu les bénit et leur dit: “Soyez féconds, multipliez-vous, emplissez la terre” » (Gn 1, 28).

L'homme et la femme sont en relation avec les autres avant tout comme dépositaires de leur vie: 215Cf. Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitae, 19: AAS 87 (1995) 421-422. « Aux hommes entre eux, je demanderai compte de l'âme de l'homme » (Gn 9, 5), rappelle Dieu à Noé après le déluge. Dans cette perspective, la relation à Dieu exige que l'on considère la vie de l'homme comme sacrée et inviolable.216Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 2258. La valeur du cinquième commandement: « Tu ne tueras pas! » (Ex 20, 13; Dt 5, 17) vient de ce que Dieu seul est Seigneur de la vie et de la mort.217Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 27: AAS 58 (1966) 1045-1048; Catéchisme de l'Église Catholique, 2259-2261. Le sommet du respect dû à l'inviolabilité et à l'intégrité de la vie physique réside dans le commandement positif: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19, 18), par lequel Jésus oblige à prendre en charge son prochain (cf. Mt 22, 37-40; Mc 12, 29-31; Lc 10, 27-28).

Avec cette vocation particulière à la vie, l'homme et la femme se trouvent aussi en face de toutes les autres créatures. Ils peuvent et doivent les soumettre à leur service et en jouir, mais leur domination sur le monde requiert l'exercice de la responsabilité; ce n'est pas une liberté d'exploitation arbitraire et égoïste. En effet, toute la création a la valeur de ce qui est « bon » (cf. Gn 1, 4.10.12.18.21.25) aux yeux de Dieu, qui en est l'Auteur. L'homme doit en découvrir et en respecter la valeur: c'est un merveilleux défi lancé à son intelligence, qui doit l'élever comme une aile 218Cf. Jean-Paul II, Encycl. Fides et ratio. Prologue: AAS 91 (1999) 5. vers la contemplation de la vérité de toutes les créatures, c'est-à-dire de ce que Dieu voit de bon en elles. Le Livre de la Genèse enseigne en effet que la domination de l'homme sur le monde consiste à donner un nom aux choses (cf. Gn 2, 19-20): en les nommant, l'homme doit reconnaître les choses pour ce qu'elles sont et établir envers chacune d'elles un rapport de responsabilité.219Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 373.

L'homme est également en relation avec lui-même et peut réfléchir sur soi. L'Écriture Sainte parle à cet égard du cœur de l'homme. Le cœur désigne précisément l'intériorité spirituelle de l'homme, à savoir ce qui le distingue de toute autre créature: Dieu, « tout ce qu'il fait convient en son temps. Il a mis dans leur cœur l'ensemble du temps, mais sans que l'homme puisse saisir ce que Dieu fait, du commencement à la fin » (Qo 3, 11). Le cœur indique, en définitive, les facultés spirituelles propres à l'homme, ses prérogatives en tant que créé à l'image de son Créateur: la raison, le discernement du bien et du mal, la libre volonté.220Cf. Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitae, 34: AAS 87 (1995) 438-440. Quand il écoute l'aspiration profonde de son cœur, l'homme ne peut pas ne pas faire sienne la parole de vérité exprimée par saint Augustin: « Vous nous avez créés pour vous, et (...) notre coeur est inquiet jusqu'à ce qu'il repose en vous ».221Saint Augustin, Confessiones, 1, 1: PL 32, 661: « Tu excitas, ut laudare te delectet; quia fecisti nos ad te, et inquietum est cor nostrum, donec requiescat in te ».

Notes

  1. 204. Catéchisme de l'Église Catholique, 357.
  2. 205. Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 356, 358.
  3. 206. Catéchisme de l'Église Catholique, titre du 1er chapitre, 1ère Section, 1ère partie; cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 12: AAS 58 (1966) 1034; Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitae, 34: AAS 87 (1995) 440.
  4. 207. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitae, 35: AAS 87 (1995) 440-441; Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1721.
  5. 208. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 12: AAS 58 (1966) 1034.
  6. 209. Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 369.
  7. 210. Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitae, 35: AAS 87 (1995) 440.
  8. 211. Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 2334.
  9. 212. Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 371.
  10. 213. Cf. Jean-Paul II, Lettre aux familles Gratissimam sane, 6, 8, 14, 16, 19-20: AAS 86 (1994) 873-874, 876-878, 893-896, 899-903, 910-919.
  11. 214. Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 50: AAS 58 (1966) 1070-1072.
  12. 215. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitae, 19: AAS 87 (1995) 421-422.
  13. 216. Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 2258.
  14. 217. Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 27: AAS 58 (1966) 1045-1048; Catéchisme de l'Église Catholique, 2259-2261.
  15. 218. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Fides et ratio. Prologue: AAS 91 (1999) 5.
  16. 219. Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 373.
  17. 220. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitae, 34: AAS 87 (1995) 438-440.
  18. 221. Saint Augustin, Confessiones, 1, 1: PL 32, 661: « Tu excitas, ut laudare te delectet; quia fecisti nos ad te, et inquietum est cor nostrum, donec requiescat in te ».