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Compendium de la doctrine sociale de l'Église

DSE · C. Justice & Paix · 2004 · FR · 583 paragraphes · vatican.va ↗

L'entreprise doit se caractériser par la capacité de servir le bien commun de la société grâce à la production de biens et de services utiles. En cherchant à produire des biens et des services dans une logique d'efficacité et de satisfaction des intérêts des divers sujets impliqués, elle crée des richesses pour toute la société: non seulement pour les propriétaires, mais aussi pour les autres sujets intéressés à son activité. Au-delà de cette fonction typiquement économique, l'entreprise remplit aussi une fonction sociale, en créant une opportunité de rencontre, de collaboration, de mise en valeur des capacités des personnes impliquées. Par conséquent, dans l'entreprise la dimension économique est une condition pour atteindre des objectifs non seulement économiques, mais aussi sociaux et moraux, à poursuivre simultanément. L'objectif de l'entreprise doit être réalisé en termes et avec des critères économiques, mais les valeurs authentiques permettant le développement concret de la personne et de la société ne doivent pas être négligées. Dans cette vision personnaliste et communautaire, « l'entreprise ne peut être considérée seulement comme une “société de capital”; elle est en même temps une “société de personnes” dans laquelle entrent de différentes manières et avec des responsabilités spécifiques ceux qui fournissent le capital nécessaire à son activité et ceux qui y collaborent par leur travail ».707Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 43: AAS 83 (1991) 847.

Les membres de l'entreprise doivent être conscients que la communauté dans laquelle ils œuvrent représente un bien pour tous et non pas une structure permettant de satisfaire exclusivement les intérêts personnels de quelqu'un. Seule cette conscience permet de parvenir à la construction d'une économie qui soit véritablement au service de l'homme et d'élaborer un projet de coopération réelle entre les parties sociales. Un exemple très important et significatif dans cette direction est donné par l'activité en rapport avec les coopératives, les petites et moyennes entreprises, les entreprises artisanales et les exploitations agricoles à dimension familiale. La doctrine sociale a souligné la contribution qu'elles offrent à la mise en valeur du travail, à la croissance du sens de responsabilité personnelle et sociale, à la vie démocratique, aux valeurs humaines utiles au progrès du marché et de la société.708Cf. Jean XXIII, Encycl. Mater et magistra: AAS 53 (1961) 422-423.

La doctrine sociale reconnaît la juste fonction du profit, comme premier indicateur du bon fonctionnement de l'entreprise: « Quand une entreprise génère du profit, cela signifie que les facteurs productifs ont été dûment utilisés ».709Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 35: AAS 83 (1991) 837. Cela n'empêche pas d'avoir conscience du fait que le profit n'indique pas toujours que l'entreprise sert correctement la société.710Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 2424. Par exemple, « il peut arriver que les comptes économiques soient satisfaisants et qu'en même temps les hommes qui constituent le patrimoine le plus précieux de l'entreprise soient humiliés et offensés dans leur dignité ».711Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 35: AAS 83 (1991) 837. C'est ce qui se produit quand l'entreprise est insérée dans des systèmes socio-culturels caractérisés par l'exploitation des personnes, et qui ont tendance à se dérober aux obligations de justice sociale et à violer les droits des travailleurs. Il est indispensable qu'au sein de l'entreprise la poursuite légitime du profit soit en harmonie avec la protection incontournable de la dignité des personnes qui y travaillent à différents titres. Ces deux exigences ne sont pas du tout opposées l'une à l'autre, à partir du moment où, d'une part, il ne serait pas réaliste de penser garantir un avenir à l'entreprise sans la production de biens et de services et sans obtenir de profits qui soient le fruit de l'activité économique accomplie et où, d'autre part, on favorise une meilleure productivité et efficacité du travail lui-même en permettant à la personne qui travaille de grandir. L'entreprise doit être une communauté solidaire 712Cf. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 43: AAS 83 (1991) 846-848. qui n'est pas renfermée dans ses intérêts corporatifs; elle doit tendre à une « écologie sociale » 713Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 38: AAS 83 (1991) 841. du travail et contribuer au bien commun, notamment à travers la sauvegarde de l'environnement naturel.

Si dans l'activité économique et financière la recherche d'un profit équitable est acceptable, le recours à l'usure est moralement condamné: « Les trafiquants, dont les pratiques usurières et mercantiles provoquent la faim et la mort de leurs frères en humanité, commettent indirectement un homicide. Celui-ci leur est imputable ».714Catéchisme de l'Église Catholique, 2269. Cette condamnation s'étend aussi aux rapports économiques internationaux, en particulier en ce qui concerne la situation des pays moins avancés, auxquels ne peuvent pas être appliqués « des systèmes financiers abusifs sinon usuraires ».715Catéchisme de l'Église Catholique, 2438. Le Magistère plus récent a eu des paroles fortes et claires contre une pratique dramatiquement répandue aujourd'hui encore: « Ne pas pratiquer l'usure, une plaie qui à notre époque également, constitue une réalité abjecte, capable de détruire la vie de nombreuses personnes ».716Jean-Paul II, Discours à l'Audience générale (4 février 2004), 3: L'Osservatore Romano, éd. française, 10 février 2004, p. 12.

L'entreprise agit aujourd'hui dans le cadre de scénarios économiques de dimensions toujours plus vastes, au sein desquels les États nationaux montrent des limites dans la capacité de gérer les processus rapides de mutation qui touchent les relations économiques et financières internationales; cette situation conduit les entreprises à assumer des responsabilités nouvelles et plus grandes par rapport au passé. Jamais autant qu'aujourd'hui leur rôle n'apparaît aussi déterminant en vue d'un développement authentiquement solidaire et intégral de l'humanité; tout aussi décisif, en ce sens, est leur niveau de conscience du fait que « ou bien le développement devient commun à toutes les parties du monde, ou bien il subit un processus de régression même dans les régions marquées par un progrès constant. Ce phénomène est particulièrement symptomatique de la nature du développement authentique: ou bien tous les pays du monde y participent, ou bien il ne sera pas authentique ».717Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 17: AAS 80 (1988) 532.

Notes

  1. 707. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 43: AAS 83 (1991) 847.
  2. 708. Cf. Jean XXIII, Encycl. Mater et magistra: AAS 53 (1961) 422-423.
  3. 709. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 35: AAS 83 (1991) 837.
  4. 710. Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 2424.
  5. 711. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 35: AAS 83 (1991) 837.
  6. 712. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 43: AAS 83 (1991) 846-848.
  7. 713. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 38: AAS 83 (1991) 841.
  8. 714. Catéchisme de l'Église Catholique, 2269.
  9. 715. Catéchisme de l'Église Catholique, 2438.
  10. 716. Jean-Paul II, Discours à l'Audience générale (4 février 2004), 3: L'Osservatore Romano, éd. française, 10 février 2004, p. 12.
  11. 717. Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 17: AAS 80 (1988) 532.