L'autorité doit se laisser guider par la loi morale: toute sa dignité dérive de son exercice dans le domaine de l'ordre moral,804Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 74: AAS 58 (1966) 1095-1097. « lequel à son tour repose sur Dieu, son principe et sa fin ».805Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 270; cf. Pie XII, Radio- message de Noël (24 décembre 1944): AAS 37 (1945) 15; Catéchisme de l'Église Catholique, 2235. En raison de la référence nécessaire à cet ordre, qui la précède et qui la fonde, de ses finalités et de ses destinataires, l'autorité ne peut être conçue comme une force déterminée par des critères à caractère purement sociologique et historique: « Malheureusement, certaines de ces conceptions ne reconnaissent pas l'existence d'un ordre moral, d'un ordre transcendant, universel, absolu, d'égale valeur pour tous. Il devient ainsi impossible de se rencontrer et de se mettre pleinement d'accord, avec sécurité, à la lumière d'une même loi de justice admise et suivie par tous ».806Jean XXIII, Encycl. Mater et magistra: AAS 53 (1961) 449-450. Cet ordre « ne peut s'édifier que sur Dieu; séparé de Dieu il se désintègre ».807Jean XXIII, Encycl. Mater et magistra: AAS 53 (1961) 450. C'est précisément de cet ordre que l'autorité tire sa force impérative 808Cf. Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 269-270. et sa légitimité morale, 809Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1902. non pas de l'arbitraire ou de la volonté de puissance,810Cf. Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 258-259. et elle est tenue de traduire cet ordre dans les actions concrètes pour la réalisation du bien commun.811Cf. Pie XII, Encycl. Summi Pontificatus: AAS 31 (1939) 432-433.
L'autorité doit reconnaître, respecter et promouvoir les valeurs humaines et morales essentielles. Elles sont innées, « découlent de la vérité même de l'être humain et (...) expriment et protègent la dignité de la personne: ce sont donc des valeurs qu'aucune personne, aucune majorité ni aucun État ne pourront jamais créer, modifier ou abolir ».812Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitae, 71: AAS 87 (1995) 483. Elles ne sont pas basées sur des « majorités » d'opinion provisoires ou changeantes, mais elles doivent être simplement reconnues, respectées et promues comme éléments d'une loi morale objective, loi naturelle inscrite dans le cœur de l'homme (cf. Rm 2, 15), et comme point de référence normatif de la loi civile elle-même.813Cf. Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitae, 70: AAS 87 (1995) 481-483; Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 258-259, 279-280. Si, à cause d'un obscurcissement tragique de la conscience collective, le scepticisme venait à mettre en doute jusqu'aux principes fondamentaux de la loi morale,814Cf. Pie XII, Encycl. Summi Pontificatus: AAS 31 (1939) 423. l'ordonnancement étatique lui- même serait bouleversé dans ses fondements, se réduisant à un pur mécanisme de régulation pragmatique d'intérêts différents et opposés.815Cf. Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitae, 70: AAS 87 (1995) 481-483; Id., Encycl. Veritatis splendor, 97, 99: AAS 85 (1993) 1209-1211; Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Note doctrinale concernant certaines questions sur l'engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique, 5-6, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 2002, pp. 12-15.
L'autorité doit promulguer des lois justes, c'est-à-dire conformes à la dignité de la personne humaine et aux impératifs de la raison droite: « La loi humaine est telle dans la mesure où elle est conforme à la raison droite et dérive donc de la loi éternelle. En revanche, quand une loi est en contraste avec la raison, on l'appelle loi inique; dans ce cas, toutefois, elle cesse d'être loi et devient plutôt un acte de violence ».816Saint Thomas d'Aquin, Summa theologiae, I-II, q. 93, a. 3, ad 2um: Ed. Leon. 7, 164: « Lex humana intantum habet rationem legis, inquantum est secundum rationem rectam: et secundum hoc manifestum est quod a lege aeterna derivatur. Inquantum vero a ratione recedit, sic dicitur lex iniqua: et sic non habet rationem legis, sed magis violentiae cuiusdam ». L'autorité qui commande selon la raison place le citoyen en situation non pas tant d'assujettissement vis-à-vis d'un autre homme, que plutôt d'obéissance à l'ordre moral et donc à Dieu lui-même qui en est la source ultime.817Cf. Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 270. Celui qui refuse d'obéir à l'autorité qui agit selon l'ordre moral « s'oppose à l'ordre établi par Dieu » (Rm 13, 2).818Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1899-1900. Pareillement, si l'autorité publique, qui a son fondement dans la nature humaine et qui appartient à l'ordre préétabli par Dieu,819Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 74: AAS 58 (1966) 1095-1097; Catéchisme de l'Église Catholique, 1901. ne met pas tout en oeuvre pour la réalisation du bien commun, elle trahit sa fin spécifique et par conséquent se délégitime.