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Compendium de la doctrine sociale de l'Église

DSE · C. Justice & Paix · 2004 · FR · 583 paragraphes · vatican.va ↗

Ceux qui exercent des responsabilités politiques ne doivent pas oublier ou sous-évaluer la dimension morale de la représentation, qui consiste dans l'engagement à partager le sort du peuple et à chercher la solution des problèmes sociaux. Dans cette perspective, autorité responsable signifie aussi autorité exercée en faisant appel aux vertus qui favorisent la pratique du pouvoir dans un esprit de service 842Cf. Jean-Paul II, Exhort. apost. Christifideles laici, 42: AAS 81 (1989) 472-476. (patience, modestie, modération, charité, effort de partage); une autorité exercée par des personnes capables d'assumer de façon authentique le bien commun comme finalité de leurs propres actions, et non pas le prestige ou l'obtention d'avantages personnels.

Parmi les déformations du système démocratique, la corruption politique est une des plus graves,843Cf. Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 44: AAS 80 (1988) 575-577; Id., Encycl. Centesimus annus, 48: AAS 83 (1991) 852-854; Id., Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1999, 6: AAS 91 (1999) 381-382. car elle trahit à la fois les principes de la morale et les normes de la justice sociale; elle compromet le fonctionnement correct de l'État, en influant négativement sur le rapport entre les gouvernants et les gouvernés; elle introduit une méfiance croissante à l'égard des institutions publiques en causant une désaffection progressive des citoyens vis-à-vis de la politique et de ses représentants, ce qui entraîne l'affaiblissement des institutions. La corruption déforme à la racine le rôle des institutions représentatives, car elle les utilise comme un terrain d'échange politique entre requêtes clientélistes et prestations des gouvernants. De la sorte, les choix politiques favorisent les objectifs restreints de ceux qui possèdent les moyens de les influencer et empêchent la réalisation du bien commun de tous les citoyens.

L'administration publique, à quelque niveau que ce soit — national, régional, communal —, comme instrument de l'État, a pour finalité de servir les citoyens: « Placé au service des citoyens, l'État est le gérant des biens du peuple, qu'il doit administrer en vue du bien commun ».844Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1998, 5: AAS 90 (1998) 152. Cette perspective est contrastée par l'excès de bureaucratisation qui se vérifie lorsque « les institutions, qui deviennent compliquées dans leur organisation et prétendent gérer tout domaine disponible, finissent par être neutralisées par un fonctionnarisme impersonnel, une bureaucratie exagérée, des intérêts privés excessifs, un désintéressement facile et généralisé ».845Jean-Paul II, Exhort. apost. Christifideles laici, 41: AAS 81 (1989) 471-472. Le rôle de ceux qui travaillent dans l'administration publique ne doit pas être conçu comme quelque chose d'impersonnel et de bureaucratique, mais plutôt comme une aide prévenante pour les citoyens, exercée dans un esprit de service.

Notes

  1. 842. Cf. Jean-Paul II, Exhort. apost. Christifideles laici, 42: AAS 81 (1989) 472-476.
  2. 843. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 44: AAS 80 (1988) 575-577; Id., Encycl. Centesimus annus, 48: AAS 83 (1991) 852-854; Id., Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1999, 6: AAS 91 (1999) 381-382.
  3. 844. Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1998, 5: AAS 90 (1998) 152.
  4. 845. Jean-Paul II, Exhort. apost. Christifideles laici, 41: AAS 81 (1989) 471-472.