TheoFons

Compendium de la doctrine sociale de l'Église

DSE · C. Justice & Paix · 2004 · FR · 583 paragraphes · vatican.va ↗

La culture doit constituer un domaine privilégié de présence et d'engagement pour l'Église et pour chaque chrétien. La séparation entre la foi chrétienne et la vie quotidienne est considérée par le Concile Vatican II comme une des erreurs les plus graves de notre temps.1162Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 43: AAS 58 (1966) 1062. La disparition de l'horizon métaphysique, la perte de la nostalgie de Dieu dans le narcissisme auto-référentiel et dans la profusion des moyens d'un style de vie typique de la société de consommation, la primauté accordée à la technologie et à la recherche scientifique comme fin en soi, l'accent mis sur l'apparence, la recherche de l'image, des techniques de communication: tous ces phénomènes doivent être compris sous leurs aspects culturels et mis en rapport avec le thème central de la personne humaine, de sa croissance intégrale, de sa capacité de communication et de relation avec les autres hommes, de son interrogation continuelle sur les grandes questions qui traversent l'existence. Il faut avoir présent à l'esprit que « la culture est ce par quoi l'homme en tant qu'homme devient davantage homme, “est” davantage, accède davantage à l'“être” ».1163Jean-Paul II, Discours à l'UNESCO (2 juin 1980), 7: AAS 72 (1980) 738.

Un domaine particulier d'engagement des fidèles laïcs doit être la promotion d'une culture sociale et politique inspirée de l'Évangile. L'histoire récente a montré la faiblesse et l'échec radical de perspectives culturelles longtemps communes et prédominantes, en particulier au niveau social et politique. En ce domaine, en particulier durant les décennies qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, les catholiques, dans différents pays, ont su réaliser un engagement de grande valeur qui témoigne aujourd'hui, avec une évidence toujours plus grande, de la consistance de leur inspiration et de leur patrimoine de valeurs. En effet, l'engagement social et politique des catholiques n'est jamais limité à la seule transformation des structures, car il est basé sur une culture ouverte aux exigences dérivant de la foi et de la morale, dont il rend compte, en en faisant le fondement et l'objectif de projets concrets. Quand cette conscience vient à manquer, les catholiques se condamnent eux-mêmes à la diaspora culturelle et rendent leurs propositions insuffisantes et réductrices. Présenter en termes culturels actuels le patrimoine de la Tradition catholique — ses valeurs, ses contenus, l'ensemble de l'héritage spirituel, intellectuel et moral du catholicisme — est aujourd'hui encore l'urgence prioritaire. La foi en Jésus- Christ, qui s'est défini lui-même comme « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6), pousse les chrétiens à se lancer avec un engagement toujours renouvelé dans la construction d'une culture sociale et politique inspirée de l'Évangile.1164Cf. Congregation pour la Doctrine de la Foi, Note doctrinale concernant certaines questions sur l'engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique, 7, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 2002, pp. 16-17.

La perfection intégrale de la personne et le bien de toute la société sont les fins essentielles de la culture: 1165Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 59: AAS 58 (1966) 1079-1080. la dimension éthique de la culture est donc une priorité dans l'action sociale et politique des fidèles laïcs. Le manque d'intérêt pour cette dimension transforme facilement la culture en un instrument d'appauvrissement de l'humanité. Une culture peut devenir stérile et tendre vers son déclin lorsqu'elle « se ferme sur elle- même et cherche à perpétuer des manières de vivre vieillies, en refusant tout échange et toute confrontation au sujet de la vérité de l'homme ».1166Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 50: AAS 83 (1991) 856. La formation d'une culture capable d'enrichir l'homme requiert en revanche l'implication de toute la personne, qui y exprime sa créativité, son intelligence, sa connaissance du monde et des hommes et y investit, en outre, sa capacité de maîtrise de soi, de sacrifice personnel, de solidarité et de disponibilité à promouvoir le bien commun.1167Cf. Jean-Paul II, Discours à l'UNESCO (2 juin 1980), 11: AAS 72 (1980) 742.

L'engagement social et politique du fidèle laïc dans le domaine culturel s'oriente aujourd'hui vers certaines directions précises. La première est celle qui cherche à garantir à chacun le droit de tous à une culture humaine et civile « en harmonie avec la dignité de la personne humaine, sans distinction de race, de sexe, de nation, de religion ou de condition sociale ».1168Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 60: AAS 58 (1966) 1081. Ce droit implique celui des familles et des personnes à une école libre et ouverte; la liberté d'accès aux moyens de communication sociale, pour laquelle toute forme de monopole et de contrôle idéologique doit être évitée; la liberté de recherche, de divulgation de la pensée, de débat et de confrontation. À la racine de la pauvreté de nombreux peuples se trouvent aussi diverses formes de privation culturelle et de non-reconnaissance des droits culturels. L'engagement en faveur de l'éducation et de la formation de la personne a toujours été la première préoccupation de l'action sociale des chrétiens.

Le second défi lancé à l'engagement du fidèle laïc concerne le contenu de la culture, à savoir la vérité. La question de la vérité est essentielle pour la culture, car « continue de s'imposer à chaque homme le devoir de sauvegarder l'intégralité de sa personnalité, en qui prédominent les valeurs d'intelligence, de volonté, de conscience et de fraternité ».1169Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 61: AAS 58 (1966) 1082. Une anthropologie correcte est le critère permettant d'éclairer et de vérifier toutes les formes culturelles historiques. L'engagement du chrétien dans le domaine culturel s'oppose à toutes les visions réductrices et idéologiques de l'homme et de la vie. Le dynamisme d'ouverture à la vérité est garanti avant tout par le fait que « les cultures des diverses nations sont autant de manières d'aborder la question du sens de l'existence personnelle ».1170Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 24: AAS 83 (1991) 822.

Les chrétiens doivent se prodiguer pour valoriser pleinement la dimension religieuse de la culture; cette tâche est très importante et urgente pour la qualité de la vie humaine, au niveau individuel et social. La question qui provient du mystère de la vie et renvoie au mystère plus grand encore, celui de Dieu, est en effet au centre de toute culture; l'éliminer revient à corrompre la culture et la vie morale des nations.1171Cf. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 24: AAS 83 (1991) 821-822. La dimension religieuse authentique est constitutive de l'homme et lui permet d'ouvrir à ses diverses activités l'horizon dans lequel elles trouvent leur signification et leur direction. La religiosité ou spiritualité de l'homme se manifeste sous les formes de la culture, auxquelles elle donne vitalité et inspiration. Les innombrables œuvres d'art de tous les temps en sont un témoignage. Quand la dimension religieuse d'une personne ou d'un peuple est niée, c'est la culture elle-même qui est bafouée; parfois on arrive même au point de la faire disparaître.

Dans la promotion d'une culture authentique, les fidèles laïcs réserveront une grande importance aux moyens de communication de masse, en considérant surtout les contenus des innombrables choix effectués par les personnes: ces choix, bien que variant d'un groupe à l'autre et d'un individu à l'autre, ont tous un poids moral et doivent être évalués sous cet angle. Pour choisir correctement, il faut connaître les normes de l'ordre moral et les appliquer fidèlement.1172Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Décret Inter mirifica, 4: AAS 56 (1964) 146. L'Église offre une longue tradition de sagesse, enracinée dans la Révélation divine et dans la réflexion humaine,1173Cf. Jean-Paul II, Encycl. Fides et ratio, 36-48: AAS 91 (1999) 33-34. dont l'orientation théologique joue un rôle correctif important par rapport à la « solution “athée”, qui prive l'homme de l'une de ses composantes fondamentales, la composante spirituelle, et aux solutions s'inspirant de la permissivité et de l'esprit de consommation, solutions qui, sous divers prétextes, cherchent à le convaincre de son indépendance par rapport à Dieu et à toute loi ».1174Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 55: AAS 83 (1991) 861. Plus que juger les moyens de communication sociale, cette tradition se met à leur service: « La culture de la sagesse, propre à l'Église, peut éviter à la culture de l'information des médias de devenir une accumulation de faits sans signification ».1175Jean-Paul II, Message pour la XXXIIIème Journée Mondiale des Communications Sociales 1999, 3: L'Osservatore Romano, éd. française, 9 février 1999, p. 8.

Les fidèles laïcs considéreront les médias comme de possibles et puissants instruments de solidarité: « La solidarité apparaît comme une conséquence d'une communication vraie et juste, et de la libre circulation des idées, qui favorisent la connaissance et le respect d'autrui ».1176Catéchisme de l'Église Catholique, 2495. Ceci n'est pas possible si les moyens de communication sociale sont utilisés pour édifier et soutenir des systèmes économiques au service de l'avidité et de la convoitise. Face à de graves injustices, la décision d'ignorer totalement certains aspects de la souffrance humaine reflète une sélection indéfendable.1177Cf. Conseil Pontifical pour les Communications Sociales, Éthique dans les communications sociales (4 juin 2000), 14: L'Osservatore Romano, éd. française, 13 juin 2000, Supplément, p. II. Les structures et les politiques de communication ainsi que la distribution de la technologie sont des facteurs qui contribuent à faire en sorte que certaines personnes soient « riches » en information et d'autres « pauvres » en information, à une époque où la prospérité et même la survie dépendent de l'information. De la sorte, les moyens de communication sociale contribuent donc aux injustices et aux déséquilibres qui causent la douleur même qu'ils rapportent ensuite comme information. Les technologies de la communication et de l'information, de même que la formation à leur utilisation, doivent tendre à éliminer ces injustices et ces déséquilibres.

Les professionnels des moyens de communication sociale ne sont pas les seuls à avoir des devoirs éthiques. Les usagers aussi ont des obligations. Les opérateurs qui tentent d'assumer des responsabilités méritent un public qui soit conscient des siennes. Le premier devoir des usagers des communications sociales consiste dans le discernement et dans la sélection. Les parents, les familles et l'Église ont des responsabilités précises auxquelles ils ne peuvent pas renoncer. Pour ceux qui travaillent à différents titres dans le domaine des communications sociales, l'avertissement de saint Paul résonne fortement et clairement: « Dès lors, plus de mensonge: que chacun dise la vérité à son prochain; ne sommes-nous pas membres les uns des autres? (...) De votre bouche ne doit sortir aucun mauvais propos, mais plutôt toute bonne parole capable d'édifier, quand il le faut, et de faire du bien à ceux qui l'entendent » (Ep 4, 25.29). Le service à la personne par l'édification d'une communauté humaine basée sur la solidarité, sur la justice et sur l'amour, et la diffusion de la vérité sur la vie humaine et sur son accomplissement final en Dieu sont les exigences éthiques essentielles des moyens de communication sociale.1178Cf. Conseil Pontifical pour les Communications Sociales, Éthique dans les communications sociales (4 juin 2000), 33: L'Osservatore Romano, éd. française, 13 juin 2000, Supplément, p. IV. À la lumière de la foi, la communication humaine doit se considérer comme un parcours de Babel à la Pentecôte, c'est-à-dire comme l'engagement, personnel et social, à surmonter l'effondrement de la communication (cf. Gn 11, 4-8) en s'ouvrant au don des langues (cf. Ac 2, 5-11), à la communication rétablie par la force de l'Esprit, envoyé par le Fils.

Notes

  1. 1162. Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 43: AAS 58 (1966) 1062.
  2. 1163. Jean-Paul II, Discours à l'UNESCO (2 juin 1980), 7: AAS 72 (1980) 738.
  3. 1164. Cf. Congregation pour la Doctrine de la Foi, Note doctrinale concernant certaines questions sur l'engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique, 7, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 2002, pp. 16-17.
  4. 1165. Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 59: AAS 58 (1966) 1079-1080.
  5. 1166. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 50: AAS 83 (1991) 856.
  6. 1167. Cf. Jean-Paul II, Discours à l'UNESCO (2 juin 1980), 11: AAS 72 (1980) 742.
  7. 1168. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 60: AAS 58 (1966) 1081.
  8. 1169. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 61: AAS 58 (1966) 1082.
  9. 1170. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 24: AAS 83 (1991) 822.
  10. 1171. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 24: AAS 83 (1991) 821-822.
  11. 1172. Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Décret Inter mirifica, 4: AAS 56 (1964) 146.
  12. 1173. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Fides et ratio, 36-48: AAS 91 (1999) 33-34.
  13. 1174. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 55: AAS 83 (1991) 861.
  14. 1175. Jean-Paul II, Message pour la XXXIIIème Journée Mondiale des Communications Sociales 1999, 3: L'Osservatore Romano, éd. française, 9 février 1999, p. 8.
  15. 1176. Catéchisme de l'Église Catholique, 2495.
  16. 1177. Cf. Conseil Pontifical pour les Communications Sociales, Éthique dans les communications sociales (4 juin 2000), 14: L'Osservatore Romano, éd. française, 13 juin 2000, Supplément, p. II.
  17. 1178. Cf. Conseil Pontifical pour les Communications Sociales, Éthique dans les communications sociales (4 juin 2000), 33: L'Osservatore Romano, éd. française, 13 juin 2000, Supplément, p. IV.