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Compendium de la doctrine sociale de l'Église

DSE · C. Justice & Paix · 2004 · FR · 583 paragraphes · vatican.va ↗

La doctrine sociale n'a pas été pensée depuis le commencement comme un système organique, mais elle s'est formée au cours du temps, à travers les nombreuses interventions du Magistère sur les thèmes sociaux. Cette genèse rend compréhensible le fait qu'il ait pu y avoir certaines oscillations quant à la nature, la méthode et la structure épistémologique de la doctrine sociale de l'Église. Précédée par une évocation significative dans l'encyclique « Laborem exercens »,100Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 3: AAS 73 (1981) 583-584. une clarification décisive en ce sens est contenue dans l'encyclique « Sollicitudo rei socialis »: la doctrine sociale de l'Église « n'entre pas dans le domaine de l'idéologie mais dans celui de la théologie et particulièrement de la théologie morale ».101Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 41: AAS 80 (1988) 571. On ne peut la définir en fonction des paramètres socio-économiques. Ce n'est pas un système idéologique ou pragmatique visant à définir et à composer les rapports économiques, politiques et sociaux, mais une catégorie en soi: elle est « la formulation précise des résultats d'une réflexion attentive sur les réalités complexes de l'existence de l'homme dans la société et dans le contexte international, à la lumière de la foi et de la tradition ecclésiale. Son but principal est d'interpréter ces réalités, en examinant leur conformité ou leurs divergences avec les orientations de l'enseignement de l'Évangile sur l'homme et sur sa vocation à la fois terrestre et transcendante; elle a donc pour but d'orienter le comportement chrétien ».102Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 41: AAS 80 (1988) 571.

La doctrine sociale est, par conséquent, de nature théologique, et spécifiquement théologico-morale, « s'agissant d'une doctrine destinée à guider la conduite de la personne »: 103Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 41: AAS 80 (1988) 572. « Elle se situe à la rencontre de la vie et de la conscience chrétienne avec les situations du monde, et elle se manifeste dans les efforts accomplis par les individus, les familles, les agents culturels et sociaux, les politiciens et les hommes d'État pour lui donner sa forme et son application dans l'histoire ».104Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 59: AAS 83 (1991) 864-865. La doctrine sociale reflète, de fait, les trois niveaux de l'enseignement théologico-moral: le niveau fondateur des motivations, le niveau directif des normes de la vie sociale et le niveau délibératif des consciences, appelées à actualiser les normes objectives et générales dans les situations sociales concrètes et particulières. Ces trois niveaux définissent implicitement aussi la méthode propre et la structure épistémologique spécifique de la doctrine sociale de l'Église.

Le fondement essentiel de la doctrine sociale réside dans la Révélation biblique et dans la tradition de l'Église. C'est à cette source, qui vient d'en haut, qu'elle puise l'inspiration et la lumière pour comprendre, juger et orienter l'expérience humaine et l'histoire. Avant et au-dessus de tout se trouve le projet de Dieu sur la création et, en particulier, sur la vie et sur le destin de l'homme appelé à la communion trinitaire. La foi, qui accueille la parole divine et la met en pratique, agit en une interaction efficace avec la raison. L'intelligence de la foi, en particulier de la foi orientée vers la pratique, est structurée par la raison et se prévaut de toutes les contributions qu'offre celle-ci. La doctrine sociale aussi, en tant que savoir appliqué à la contingence et à l'historicité de la pratique, conjugue « fides et ratio » 105Cf. Jean-Paul II, Encycl. Fides et ratio: AAS 91 (1999) 5-88. et est l'expression éloquente de leur rapport fécond.

La foi et la raison constituent les deux voies cognitives de la doctrine sociale puisque celle-ci puise à deux sources: la Révélation et la nature humaine. La connaissance de la foi comprend et dirige le vécu de l'homme à la lumière du mystère historique et salvifique, de la révélation et du don de Dieu dans le Christ pour nous les hommes. Cette intelligence de la foi inclut la raison, à travers laquelle, autant que possible, elle explique et comprend la vérité révélée et l'intègre avec la vérité de la nature humaine, puisée au projet divin exprimé par la création,106Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Décl. Dignitatis humanae, 14: AAS 58 (1966) 940 c'est-à-dire la vérité intégrale de la personne en tant qu'être spirituel et corporel, en relation avec Dieu, avec les autres êtres humains et avec les autres créatures.107Cf. Jean-Paul II, Encycl. Veritatis splendor, 13, 50, 79: AAS 85 (1993) 1143- 1144, 1173-1174, 1197. De ce fait, l'accent central mis sur le mystère du Christ n'affaiblit ni n'exclut le rôle de la raison; il ne prive donc pas la doctrine sociale de sa plausibilité rationnelle ni, par conséquent, de sa destination universelle. Étant donné que le mystère du Christ illumine le mystère de l'homme, la raison donne sa plénitude de sens à la compréhension de la dignité humaine et des exigences morales qui la protègent. La doctrine sociale est une connaissance éclairée par la foi, qui — précisément en tant que telle — exprime une plus grande capacité de connaissance. À tous, elle rend compte des vérités qu'elle affirme et des devoirs qu'elle comporte: elle peut être accueillie et partagée par tous.

Notes

  1. 100. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 3: AAS 73 (1981) 583-584.
  2. 101. Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 41: AAS 80 (1988) 571.
  3. 102. Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 41: AAS 80 (1988) 571.
  4. 103. Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 41: AAS 80 (1988) 572.
  5. 104. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 59: AAS 83 (1991) 864-865.
  6. 105. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Fides et ratio: AAS 91 (1999) 5-88.
  7. 106. Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Décl. Dignitatis humanae, 14: AAS 58 (1966) 940
  8. 107. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Veritatis splendor, 13, 50, 79: AAS 85 (1993) 1143- 1144, 1173-1174, 1197.