Orientée par la lumière éternelle de l'Évangile et constamment attentive à l'évolution de la société, la doctrine sociale est caractérisée par la continuité et par le renouvellement.133Cf. Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 3: AAS 80 (1988) 515; Pie XII, Allocution aux membres du Congrès de l'Action Catholique Italienne (29 avril 1945): La Documentation Catholique, nº 942 (1945) 488; Jean-Paul II, Discours au Symposium international « De Rerum novarum à Laborem exercens: vers l'an 2000 » (3 avril 1982): L'Osservatore Romano, éd. française, 20 avril 1982, p. 4. Elle manifeste avant tout la continuité d'un enseignement qui se réclame des valeurs universelles dérivant de la Révélation et de la nature humaine. Voilà pourquoi la doctrine sociale ne dépend pas des diverses cultures, des différentes idéologies, des diverses opinions: elle est un enseignement constant, qui demeure « identique dans son inspiration de base, dans ses “principes de réflexion”, dans ses “critères de jugement”, dans ses “directives d'action” fondamentales et surtout dans son lien essentiel avec l'Évangile du Seigneur ».134Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 3: AAS 80 (1988) 515. Dans son noyau porteur et permanent, la doctrine sociale de l'Église traverse l'histoire sans en subir les conditionnements, ni courir le risque de la dissolution. Par ailleurs, en se tournant constamment vers l'histoire pour se laisser interpeller par les événements qui s'y produisent, la doctrine sociale de l'Église manifeste une capacité de renouvellement continuel. La fermeté dans les principes ne fait pas d'elle un système rigide d'enseignement, mais un Magistère capable de s'ouvrir aux choses nouvelles, sans se dénaturer en elles: 135Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instr. Libertatis conscientia, 72: AAS 79 (1987) 585-586. un enseignement « sujet aux adaptations nécessaires et opportunes entraînées par les changements des conditions historiques et par la succession ininterrompue des événements qui font la trame de la vie des hommes et de la société ».136Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 3: AAS 80 (1988) 515.
La doctrine sociale se présente comme un « chantier » toujours ouvert, où la vérité éternelle pénètre et imprègne la nouveauté contingente, en traçant des voies de justice et de paix. La foi ne prétend pas emprisonner dans un schéma fermé la réalité socio-politique changeante.137Cf. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 46: AAS 83 (1991) 850-851. C'est plutôt l'inverse: la foi est un ferment de nouveauté et de créativité. L'enseignement qui prend continuellement en elle son point de départ « se développe par une réflexion menée au contact des situations changeantes de ce monde, sous l'impulsion de l'Évangile comme source de renouveau ».138Paul VI, Lettre apost. Octogesima adveniens, 42: AAS 63 (1971) 431. Mère et Éducatrice, l'Église ne se ferme pas ni se retire en elle-même, mais elle est toujours exposée, tendue et tournée vers l'homme, dont la destinée de salut est sa raison d'être. Elle est, au milieu des hommes, l'image vivante du Bon Pasteur, qui va chercher et trouver l'homme là où il est, dans la condition existentielle et historique de son vécu. Là, l'Église se fait pour lui rencontre avec l'Évangile, message de libération et de réconciliation, de justice et de paix. III. LA DOCTRINE SOCIALE À NOTRE ÉPOQUE: ÉVOCATION HISTORIQUE