Car vous êtes devenu infirme, mais à cause de nos péchés (Is., LIII, 5), parce que cette infirmité, vous ne l'avez pas reçue de votre Père, mais prise pour moi ; parce qu'il m'était bon que « l'enseignement de notre paix fût en vous, et que vos meurtrissures guérissent nos plaies » (Ib.). Mais quelle merveille si pour tous Il a souffert, quand pour un seul Il a pleuré ? Quelle merveille si au moment de souffrir pour tous Il défaille, quand au moment de ressusciter Lazare Il verse des larmes ? Alors Il est ému des larmes d'une soeur aimante, qui ont touché son âme humaine ; ici une pensée profonde le fait agir : de même qu'en sa chair Il exterminait nos péchés, de même l'angoisse de notre âme serait dissipée par l'angoisse de son âme. Et peut-être sa tristesse tient-elle à ce que, depuis la chute d'Adam, notre seule issue pour sortir de ce monde est nécessairement la mort. Car Dieu n'a pas fait la mort, et Il n'éprouve aucune joie de la perte des vivants (Sag., I, 13) ; Il répugne à souffrir ce qu'il n'a pas fait.