D'autant que maigre et fragile est le salaire de l'amour, éternel celui de la vertu. Mais qu'y a-t-il d'aussi admirable que de tendre l'autre joue à qui vous frappe ? N'est-ce pas briser tout l'élan de l'homme indigné, calmer sa colère ? N'arriverez-vous pas, par la patience, à frapper plus fort celui qui vous frappe, du fait de son regret ? Ainsi arrivera-t-il que vous repousserez l'injure et obtiendrez les bonnes grâces. Et souvent les plus grands motifs d'amitié viennent de la patience rendue pour l'insolence, du bienfait pour l'injure. Sans doute, il me souvient l'avoir entendu dire, et nous croyons qu'au moins sur ce point isolé la morgue de la philosophie a fléchi, elle s'est fait une division de la justice en trois parties : l'une envers Dieu, qui s'appelle piété ; l'autre envers les parents et le reste du genre humain ; la troisième envers les morts, pour leur rendre de justes funérailles. Mais le Seigneur Jésus, dépassant les oracles de la Loi et les sommets de la philosophie, a étendu le bienfait de la bonté à ceux mêmes qui ont blessé. Et en effet, si l'ennemi qui luttait avec vous par les armes de la guerre obtient en jetant les armes la pitié qui le sauve ; si souvent, par égard pour la nature ou en vertu du droit même de la guerre, on consent à accorder la vie aux vaincus, combien plus y doit-on consentir du point de vue supérieur de la religion ! Car si le guerrier n'est pas impressionné par l'instinct de la conservation, que ne doit pas faire le soldat de la paix !