Et pourtant cet âge est dépourvu de force, sans fermeté de caractère, sans maturité dans son vouloir. Il ne s'agit donc pas de préférer un âge à un autre, sinon il serait nuisible de grandir : qu'ai-je besoin de souhaiter que vienne l'âge mûr, s'il doit m'enlever le titre au Royaume céleste ? Mais alors Dieu aurait donné le développement de la vie pour les vices, non pour grandir en vertu ? Et pourquoi n'a-t-Il pas Lui-même choisi ses Apôtres à l'âge de l'enfance, mais plus mûrs ? Et pourquoi dit-Il que les enfants sont propres au Royaume des cieux (Matth., XIX, 14) ? Peut-être parce qu'ils ignorent la méchanceté, ne savent pas tromper, n'osent pas rendre les coups, ne connaissent pas la recherche des richesses, n'ont ni désir des honneurs ni ambition. Mais ce n'est pas ignorer ces choses qui fait la vertu, c'est les mépriser ; et il n'y a pas à louer la retenue, quand l'intégrité n'est qu'impuissance. Ce n'est donc pas l'enfance qui est désignée, mais une bonté qui imite la simplicité de l'enfance. La vertu ne consiste pas à ne pouvoir pécher, mais à ne pas vouloir, et à garder une telle persévérance de volonté que la volonté imite l'enfance, que l'on imite sa nature . Aussi bien le Sauveur l'a-t-Il Lui-même exprimé en ces termes : « A moins de vous convertir et de devenir comme cet enfant, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux. ».