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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 1 — Les enfants seraient-ils nés avec une science parfaite ?

Objections :

1. Tel était Adam, tels auraient été les fils qu’il aurait engendrés. Mais, comme on l’a dit plus haut, Adam avait une science parfaite. Donc aussi les fils nés de lui.

2. L’ignorance est causée par le péché, dit Bède. Mais l’ignorance est la privation de science. Donc avant le péché les nouveau-nés auraient eu toute la science.

3. Les nouveau-nés auraient eu aussitôt la justice. Mais la justice requiert la science, qui dirige dans l’action. Donc ils auraient eu la science.

En sens contraire :

notre âme, par nature, est " comme une tablette rase où il n’y a rien d’écrit ". Mais la nature de l’âme est maintenant identique à ce qu’elle eût été alors. Donc les âmes des enfants, pour commencer, auraient été dénuées de science.

Réponse :

Comme on l’a dit plus haut, pour ce qui est au-dessus de la nature, on fait confiance à l’autorité seule ; aussi, là où l’autorité est muette, devons-nous suivre la condition de la nature. Or, il est naturel à l’homme d’acquérir la science par les sens, comme on l’a dit précédemment ; et si l’âme est soumise à un corps, c’est parce qu’elle a besoin de lui pour son opération propre ; ce qui ne serait pas, si, dès le commencement, elle avait une science non acquise par les facultés sensibles. Aussi faut-il dire que, dans l’état d’innocence, les enfants ne seraient pas nés avec une science parfaite ; ils l’auraient acquise sans difficulté au cours du temps par découverte personnelle ou par enseignement.

Solutions :

1. Avoir une science parfaite était un accident individuel du premier père, en tant que celui-ci était institué père et instructeur de tout le genre humain. Et c’est pourquoi, sur ce point, il n’engendrait pas des fils semblables à lui ; mais seulement quant aux accidents naturels ou gratuits accordés à toute la nature.

2. L’ignorance est la privation de la science que l’on doit avoir pour un temps donné. Cela n’eût pas existé chez les enfants nouveau-nés ; ils auraient eu en effet la science qui leur convenait pour ce temps-là. C’est pourquoi il n’y aurait pas eu en eux ignorance, mais non-savoir par rapport à certains objets. Ce non-savoir que Denys reconnaît chez les saints anges eux-mêmes.

3. Les enfants auraient eu une science suffisante pour les diriger dans les œuvres de justice où les hommes sont dirigés par les principes universels du droit ; mais cette science, ils l’auraient eue alors avec beaucoup plus de plénitude que nous ne l’avons par nature, et de même pour les autres principes universels.