TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 2 — Est-ce que les hommes peuvent enseigner les anges ?

Objections :

1. Il semble bien que les hommes puissent enseigner les anges car l’Apôtre [Éphésiens, ch. 3, v. 10] déclare : « Pour que les Principautés et les Puissances célestes aient maintenant connaissance, par le moyen de l’Église, de la sagesse de Dieu aux formes multiples ». Or, l’Église est l’assemblée des hommes qui ont la foi. Les hommes font donc connaître certaines choses aux anges.

2. Les anges supérieurs, qui reçoivent immédiatement de Dieu la lumière divine, peuvent enseigner les anges inférieurs, ainsi que nous l’avons dit précédemment [q. 106, art. 1 ; q. 112, art. 3]. Or, certains hommes sont enseignés immédiatement par le Verbe de Dieu au sujet des choses divines, comme on le voit surtout chez les Apôtres, selon ce passage de saint Paul [Hébreux, ch. 1, v. 1, 2] : « Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils ». Il y a donc certains hommes qui ont pu enseigner certains anges.

3. En outre, les anges inférieurs sont enseignés par les anges supérieurs. Mais certains hommes sont supérieurs à certains anges, puisque saint Grégoire, dans une homélie [Homélie 34 sur l’Évangile], dit que certains hommes sont élevés jusqu’aux ordres angéliques suprêmes. Donc, certains anges inférieurs peuvent être enseignés par certains hommes au sujet des choses divines.

Cependant : Denys [La Hiérarchie Céleste, ch. 4] affirme que toutes les illuminations divines sont portées aux hommes par l’intermédiaire des anges. Aucun ange n’est donc enseigné par les hommes au sujet des choses divines.

Réponse :

Je réponds qu’il faut dire, comme nous l’avons établi précédemment [q. 107, art. 2], que les anges inférieurs peuvent certes communiquer avec les anges supérieurs pour leur manifester leurs pensées, mais que les anges supérieurs ne peuvent jamais être enseignés par les anges inférieurs au sujet des choses divines. Mais il est manifeste que les hommes supérieurs sont au-dessous des derniers des anges de la même manière que les anges inférieurs sont au-dessous des anges supérieurs. On le voit clairement par ces paroles du Seigneur que l’Écriture [Matthieu, ch. 11, v. 11] nous rapporte : « Parmi les enfants des femmes, il n’en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant, le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui ». En conséquence, les anges ne sont jamais éclairés par les hommes au sujet des choses divines. Les hommes peuvent cependant manifester aux anges les pensées de leur cœur par la conversation, car Dieu seul connaît les secrets des cœurs.

Solutions :

1. Il faut dire en premier lieu que saint Augustin [La Genèse au Sens Littéral, L. 5, ch. 19] commente ainsi cette parole de l’Apôtre, après avoir rappelé que saint Paul avait fait précéder cette parole de ces mots [Éphésiens, ch. 3, v. 8, 9] : « À moi, le moindre de tous les saints, a été confiée cette grâce-là, d’annoncer aux païens l’insondable richesse du Christ et de mettre en pleine lumière la dispensation du Mystère qui a été tenu caché depuis les siècles en Dieu » : « Je dis que ce mystère avait été tenu caché, mais de telle manière cependant que la sagesse divine, aux formes multiples, était connu des Principautés et des Puissances dans les Cieux grâce à l’Église ». C’est comme si saint Augustin, par le commentaire qui précède, avait voulu dire : « Ce mystère avait été caché aux hommes, mais de telle manière qu’il était connu, depuis des siècles mais non avant les siècles, de l’Église céleste qui est établie dans les Principautés et les Puissances, car c’est là qu’existait primitivement l’Église, là où après la Résurrection notre église de la terre, l’Église des hommes, doit être rassemblée ».

Nous pourrions cependant nous exprimer autrement en disant que « ce mystère caché, non seulement il est manifesté aux anges en Dieu, mais il leur apparaît aussi ici-bas lorsqu’il se réalise et devient visible à tous », comme saint Augustin lui-même l’ajoute au même endroit. Ainsi, alors que les Apôtres accomplissaient les mystères du Christ et de l’Église, certaines parties de ces mystères, qui leur avaient été jusques là cachées, apparurent aux anges. C’est en ce sens qu’on peut entendre ce que dit saint Jérôme [Commentaire sur l’Épitre aux Éphésiens, ch. 3, v. 10] : « À la prédication des Apôtres, les anges connurent certains mystères », car suite à la prédication des Apôtre, ces mystères se réalisaient dans la réalité elle-même ; ainsi, lorsque Paul prêchait, les foules se convertissaient, comme le dit l’Apôtre.

2. Il faut dire en deuxième lieu que les Apôtres étaient enseignés immédiatement par le Verbe de Dieu non pas selon sa divinité, mais en tant que l’humanité du Dieu incarné leur parlait. C’est pourquoi cette objection n’est pas valide.

3. Il faut dire en troisième lieu que certains hommes, même ici-bas, sont supérieurs à certains anges, non pas en acte, mais en puissance, c’est-à-dire dans la mesure où la charité qu’ils possèdent a une telle puissance qu’ils peuvent mériter par elle une béatitude plus grande que celle que possèdent certains anges. C’est comme si nous disions que la semence d’un grand arbre est plus grande en puissance qu’un petit arbre, bien qu’elle soit beaucoup plus petite que lui en acte.