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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 3 — La connaissance que Dieu a de lui-même est-elle compréhensive ?

Objections :

1. Il ne le semble pas, car Saint Augustin écrit : “ Un être qui se comprend est fini pour lui-même. ” Or, Dieu est de toute manière infini : donc il ne peut se comprendre lui-même.

2. Si l’on dit : Dieu est infini pour nous, bien que fini pour lui-même, on peut objecter encore : Ce qui est vrai pour Dieu est plus vrai que ce qui est vrai pour nous. Donc, si Dieu est pour lui-même fini, il est plus vrai de dire : Dieu est fini, que de dire : Dieu est infini. Or, cela contredit tout ce qui a été déterminé plus haut. Donc Dieu ne se comprend pas lui-même.

En sens contraire :

Saint Augustin écrit au même endroit : “ Tout être qui se connaît intellectuellement se comprend. ”

Réponse :

Dieu a de lui-même une connaissance compréhensive, et en voici la preuve. On dit d’une chose qu’elle est comprise lorsqu’on est parvenu au terme extrême de sa connaissance, et cela se produit lorsque cette chose est connue aussi parfaitement qu’elle est connaissable. Par exemple, une proposition susceptible d’être démontrée est comprise quand elle est connue par démonstration, non quand elle est connue par une raison simplement plausible. Or il est manifeste que Dieu se connaît parfaitement comme il est parfaitement connaissable. En effet, chaque être est connaissable dans la mesure où il est en acte ; car on ne connaît pas une chose selon qu’elle est en puissance, mais selon qu’elle est en acte, ainsi qu’il est dit dans la Métaphysique. Or, la vertu cognitive de Dieu égale l’actualité de son être, car, si Dieu est connaissant, cela vient de ce qu’il est en acte et dégagé de toute matière, de toute potentialité, ainsi qu’on l’a montré. Il est donc évident qu’il se connaît lui-même autant qu’il est connaissable. Et c’est pourquoi il se comprend parfaitement.

Solutions :

l. A le prendre en toute propriété de termes, “ comprendre ” signifie avoir en soi et inclure quelque chose. Ainsi, tout ce qui est “ compris ” est nécessairement fini comme tout ce qui est inclus. Mais quand on dit de Dieu qu’il est compris par lui-même, on n’entend pas dire que son intellect soit autre que son être, qu’il le prend en lui et l’inclut. De telles expressions doivent être interprétées négativement. De même que l’on dit : Dieu est en lui-même pour dire qu’il n’est contenu par rien d’extérieur, ainsi dit-on qu’il se comprend lui-même pour exprimer que rien de lui-même ne lui échappe. C’est ce qui fait dire à Saint Augustin : “ Une chose est comprise quand on la voit de telle sorte que rien d’elle n’échappe à celui qui voit. ”

2. Quand on dit : Dieu est fini pour lui-même, cela ne doit s’entendre que d’une sorte d’égalité de proportion, et cela signifie : Dieu ne dépasse pas plus la capacité de sa propre intelligence qu’un être fini ne dépasse la capacité d’un esprit fini. Mais on n’entend pas que Dieu soit fini pour lui-même en ce sens que lui-même se comprendrait comme fini.