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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — Le connaître de Dieu est-il sa substance même ?

Objections :

1. Il semble que non. Car connaître est une opération. Or, une opération signifie quelque chose qui procède d’un opérant. Donc le connaître de Dieu n’est pas sa substance même.

2. Connaître que l’on connaît, ce n’est pas connaître quelque chose d’important, de principal, mais quelque chose de secondaire et d’accessoire. Donc, si Dieu est identique à son intellection, connaître sera pour Dieu comme pour nous connaître que nous connaissons, et le connaître de Dieu ne sera rien de grand.

3. Connaître, c’est connaître quelque chose. Donc, quand Dieu se connaît lui-même, si lui-même n’est autre que son propre connaître, il connaît seulement son connaître, et ainsi à l’infini. Il n’est donc pas possible que le connaître de Dieu soit sa substance.

En sens contraire :

Saint Augustin affirme :

“ Pour Dieu, être, c’est être sage. ” Etre sage, ici, c’est connaître. Donc, pour Dieu, être, c’est connaître par l’intelligence. Or, nous avons vu plus haut que l’être de Dieu est identique à sa substance ; donc, l’intellection, en Dieu, est identique à sa substance.

Réponse :

On doit dire nécessairement que le connaître, en Dieu, est identique à sa substance. Car si l’intellection de Dieu était distincte de sa substance, il s’ensuivrait, selon le Philosophe au livre XII de la Métaphysique, que cette substance divine trouverait son acte et sa perfection dans autre chose qu’elle-même, à l’égard de quoi elle entretiendrait la relation de puissance à un acte, ce qui est tout à fait impossible, car le connaître est la perfection et l’acte du connaissant.

Comment cela se fait, il faut l’examiner. Nous avons dit plus haut que l’intellection n’est pas une action sortant de l’agent et passant en quelque chose d’extérieur, mais qu’elle demeure en lui comme son actualité et sa perfection, à la manière dont l’être même est la perfection de l’existant. En effet, comme l’être est consécutif à la forme, ainsi l’intellection est consécutive à la forme intelligible. Mais en Dieu, il n’y a pas de forme qui soit autre que son être même, ainsi qu’on l’a montré. Il en résulte donc nécessairement son essence même étant forme intelligible, comme on l’a dit également _ que son connaître lui-même est et son essence et son être.

De tout ce qui précède il résulte qu’en Dieu, l’intellect, le connu, la forme intelligible et le connaître lui-même sont absolument une seule et même chose. Manifestement donc, dire de Dieu qu’il connaît n’introduit dans sa substance aucune multiplicité.

Solutions :

1. L’intellection n’est pas une opération sortant de l’opérant, mais elle demeure en lui.

2. Connaître le connaître qui n’est pas subsistant n’est pas connaître grand-chose, comme lorsque nous connaissons notre propre connaître. Mais il n’en va pas de même du connaître divin, qui est subsistant.

3. Le connaître divin, qui est subsistant en lui-même, est connaissance de soi-même, et non de quelque chose d’autre qu’il faudrait poursuivre indéfiniment.