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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 1 — Peut-on dire de Dieu qu’il est bon ?

Objections :

1. Il semble que non, car la raison de bien consiste dans le mode, l’espèce et l’ordre. Or ces trois attributs ne conviennent pas à Dieu, puisqu’il est sans limite et n’est ordonné à rien d’autre.

2. La bonté est ce vers quoi tendent tous les étants. Mais tous les étants ne tendent pas vers Dieu, car tous ne le connaissent pas, et on ne tend qu’à ce que l’on connaît.

En sens contraire :

il est écrit dans les Lamentations (3, 25) : “ Dieu est bon pour ceux qui espèrent en lui, pour l’âme qui le cherche. ”

Réponse :

L’attribut “ bon ” appartient à Dieu par excellence. En effet, un étant est bon dans la mesure où il est attirant. Or toute chose tend vers son achèvement, sa perfection. La perfection, et déjà la forme de l’effet est une similitude de sa cause, puisque tout agent produit un effet semblable à lui. Il suit de là que l’agent même, comme tel, est pour son effet un attirant et, de ce fait a raison de bien, car ce qui attire en lui, c’est que l’on participe à sa ressemblance. Puisque Dieu est la cause efficiente première de toutes choses, il lui appartient évidemment d’être attirant et bon. Aussi Denys a attribue-t-il à Dieu le bien comme à la première cause efficiente : “ Dieu reçoit le nom de bien comme étant ce par quoi toutes choses subsistent. ”

Solutions :

1. Avoir mode, espèce et ordre est propre au bien créé. Mais puisque le bien est en Dieu comme en sa cause, c’est à lui qu’il appartient d’imprimer aux autres le mode, l’espèce et l’ordre de sorte qu’en Dieu ces caractères existent comme dans leur cause.

2. Tous les êtres, en tendant vers leurs propres perfections, tendent vers Dieu en ce sens que toutes les perfections propres aux choses sont des similitudes de l’être divin, comme on l’a fait voir. Ainsi, parmi les êtres qui tendent vers Dieu, certains le connaissent en lui-même, et c’est le propre de la créature raisonnable. D’autres connaissent des participations de sa bonté, ce qui doit s’entendre même de la connaissance sensible. D’autres enfin ont un mouvement appétitif naturel sans connaissance, étant entraînés à leur fin par un acte qui les domine, et qui, lui, connaît.