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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 7 — Est-ce selon les actes que l’image de Dieu se trouve dans l’âme ?

Objections :

Saint Augustin nous dit que l’homme a été fait à l’image de Dieu selon que " nous sommes, et que nous connaissons que nous sommes et que nous aimons cet être et ce connaître ". Mais " être " ne désigne pas un acte. Par conséquent l’image de Dieu dans l’âme ne se montre pas au plan des actes.

2. Saint Augustin situe l’image de Dieu dans l’âme au niveau de ces trois réalités que sont " l’esprit, la connaissance et l’amour ". Mais le mot " esprit " ne désigne pas un acte, il désigne plutôt une puissance, ou encore l’essence de l’âme intellective. Par conséquent ce n’est pas au plan des actes que se découvre l’image de Dieu.

3. Saint Augustin situe l’image de la Trinité dans l’âme au niveau de " la mémoire, de l’intelligence et de la volonté ". Mais ces trois réalités, dit Pierre Lombard sont " les puissances naturelles de l’âme ". Par conséquent c’est au plan des puissances et non des actes que se prend l’image de Dieu.

4. L’image de la Trinité demeure toujours dans l’âme. Mais l’acte ne demeure pas toujours. Ce n’est donc pas au plan des actes que se découvre l’image de Dieu dans l’âme.

En sens contraire :

La trinité que Saint Augustin situe dans les parties inférieures de l’âme, est à prendre selon l’acte de la vision, sensible ou imaginaire. Donc la trinité qui est dans l’esprit, selon laquelle l’homme est à l’image de Dieu, doit, elle aussi, se découvrir au plan de la vision en acte.

Réponse :

Comme on l’a dit plus haut, pour mériter le nom d’image il faut représenter de quelque façon les traits spécifiques du modèle. Donc, si l’on doit trouver l’image de la Trinité dans l’âme, il faut la prendre principalement de ce qui s’approche davantage, autant que c’est possible, d’une représentation spécifique des Personnes divines. Or celles-ci se distinguent selon la procession du Verbe à partir de celui qui le profère, et selon celle de l’Amour qui unit l’un et l’autre. D’autre part, le verbe, dit Saint Augustin, ne peut exister dans notre âme " sans une pensée en acte ". Ainsi donc, en premier lieu et à titre principal, l’image de Dieu dans l’âme apparaît au plan des actes. Autrement dit, à partir de la connaissance que nous possédons, nous formons par la pensée un verbe intérieur et, à partir de là, jaillit en nous l’amour.

Mais parce que les habitus et les puissances sont les principes des actes et que tout chose existe virtuellement dans son principe, secondairement et par voie de conséquence, l’image de la Trinité dans l’âme peut être considérée au plan des puissances et surtout des habitus, pour autant que les actes existent virtuellement en eux.

Solutions :

1. L’être qui en nous ressortit à l’image de Dieu, est celui qui nous est propre et qui nous met au-dessus des autres animaux ; et il nous convient précisément parce que nous avons un esprit. Et c’est pourquoi cette Trinité est celle-là même que Saint Augustin propose ailleurs, et qui consiste dans " l’esprit, la connaissance et l’amour ".

2. La trinité mens, notitia, amor est la première que Saint Augustin découvrit dans l’esprit. Mais parce que mens, l’esprit, tout en se connaissant tout entier d’une certaine façon, reste aussi d’une certaine façon dans l’ignorance de lui-même, en tant qu’il se distingue du reste, et qu’ainsi il est à la recherche de lui-même comme Saint Augustin le prouve, il en résulte que la connaissance ne s’égale pas totalement à l’esprit. Aussi Saint Augustin choisit-il dans l’âme trois réalités propres à l’esprit : la mémoire, l’intelligence et la volonté, dont nul n’ignore la présence en soi-même. Et c’est dans ces trois réalités qu’il préfère situer l’image de la Trinité, comme si la première trinité proposée était d’une certaine façon insuffisante.

3. Comme le montre Saint Augustin, on dit que nous connaissons et voulons ou aimons quelque chose, quand nous pensons à cette chose et quand nous n’y pensons pas. Mais lorsqu’il n’y a aucune pensée, cela relève de la seule mémoire, laquelle n’est rien d’autre, pour lui, que la conservation habituelle de la connaissance et de l’amour. Mais, comme il le dit lui-même, " le verbe ne peut exister là sans une pensée. En effet, nous pensons tout ce que nous disons, fût-ce par ce verbe intérieur qui n’appartient à la langue d’aucun peuple. Aussi l’image de Dieu se fait-elle plutôt connaître dans ces trois réalités : la mémoire, l’intelligence et la volonté. Mais l’intelligence dont je parle maintenant est celle que nous exerçons en pensant..., et ce que j’appelle volonté, amour ou dilection, c’est la volonté qui unit l’être engendré à celui qui l’engendre ".

Ce texte montre clairement que Saint Augustin place l’image de la Trinité dans l’intelligence et la volonté en acte, plutôt que chez celles-ci telles que la mémoire les garde à l’état d’habitus. Cependant, même à cet égard, il existe dans l’âme une certaine image de la Trinité, comme il est dit au même endroit. On voit clairement par là que " mémoire, intelligence, volonté " ne sont pas trois " facultés ", comme il est dit dans les Sentences.

4. A cet argument on pourrait répondre par la remarque de Saint Augustin que " l’esprit se souvient toujours de lui-même, toujours il a l’intelligence et l’amour de lui-même ". Certains interprètent cette remarque comme si l’âme avait toujours en acte l’intelligence et l’amour d’elle-même. Mais Saint Augustin exclut cette interprétation par ce qu’il ajoute : " L’âme ne pense pas constamment qu’elle se distingue de ce qui n’est pas elle ". Et l’on voit ainsi que l’âme a toujours l’intelligence et l’amour d’elle-même non pas en acte, mais de façon habituelle. Cependant on pourrait dire qu’en percevant son acte, l’âme a l’intelligence d’elle-même chaque fois qu’elle connaît quelque chose. Mais puisqu’elle n’est pas toujours intelligent en acte, comme c’est évident chez ceux qui dorment, il faut dire que les actes, même s’ils ne demeurent pas toujours en eux-mêmes, demeurent cependant toujours dans leurs principes, qui sont les puissances et les habitus. " Ce qui fait dire à Saint Augustin : " Si l’âme raisonnable a été faite à l’image de Dieu en ce sens qu’elle peut à l’aide de la raison et de l’intelligence connaître et contempler Dieu, c’est du jour où elle a commencé d’exister que l’image de Dieu a été en elle. "