Article 1 — Y a-t-il une image de Dieu chez l’homme ?
Objections :
1. Il semble que non, car on lit chez Isaïe (40,18) " A qui comparer Dieu, et quelle image pourriez-vous lui offrir ? "
2. Être l’image de Dieu est le propre du Premier-Né, de qui l’Apôtre dit (Col 1, 15) : " Il est l’image du Dieu invisible, le Premier-Né de toute créature. " Donc, ce n’est pas chez l’homme qu’on trouve l’image de Dieu.
3. Saint Hilaire dit que " l’image est une forme qui ne présente aucune différence avec le modèle sur lequel on la forme ". Il dit encore : " L’image est la ressemblance d’une chose destinée à s’égaler à cette chose dans une unité indiscernable. " Mais il n’y a pas entre Dieu et l’homme de forme qui ne présente pas de différences ; il ne peut pas non plus y avoir égalité de l’homme avec Dieu. Par conséquent il ne peut y avoir une image de Dieu chez l’homme.
En sens contraire :
on lit dans la Genèse (1, 26) : " Faisons l’homme à notre image et ressemblance. "
Réponse :
Selon Saint Augustin, " là où il y a image, il y a toujours ressemblance, mais là où il y a ressemblance, il n’y a pas toujours image ". Cela montre bien que la ressemblance est incluse dans la notion d’image, et que l’image ajoute quelque chose à la notion de ressemblance : à savoir qu’elle est l’expression d’un autre ; car on appelle " image " un être qui est fait à l’imitation d’un autre. C’est pourquoi un œuf, si semblable et égal qu’il puisse être à un autre œuf, n’est pas dit à son image, parce que malgré tout il n’en est pas l’expression.
L’égalité, elle, n’est pas essentielle à l’image, car Saint Augustin dit au même endroit : " Là où il y a image, il n’y a pas nécessairement égalité. " On le voit pour l’image d’une personne qui se reflète dans un miroir. L’égalité est cependant essentielle à l’image parfaite, car l’image parfaite ne doit être privée d’aucune des choses appartenant à la réalité qu’elle exprime.
Or, il est manifeste que l’on trouve chez l’homme une certaine ressemblance de Dieu, et qui dérive de Dieu comme de son modèle ; cependant ce n’est pas une ressemblance qui va jusqu’à l’égalité, car le modèle dépasse infiniment cette reproduction particulière. Et c’est pourquoi l’on dit qu’il y a chez l’homme image de Dieu, non pas parfaite, mais imparfaite. C’est ce que signifie l’Écriture lorsqu’elle dit que l’homme a été fait " à l’image " de Dieu ; la préposition " à " traduit en effet une certaine approximation par rapport à une réalité qui demeure éloignée.
Solutions :
1. Le prophète parle ici des images corporelles fabriquées par l’homme, et c’est pourquoi il dit de façon très significative : " Quelle image pourriez-vous lui offrir ? " Mais Dieu s’est offert à lui-même une image spirituelle dans l’homme.
2. Le " Premier-Né de toute créature " est l’image parfaite de Dieu, réalisant parfaitement ce dont il est l’image ; aussi est-il appelé Image, mais jamais on ne dit qu’il est " à l’image ". Tandis que pour l’homme on dit à la fois qu’il est image, à cause de la ressemblance ; et qu’il est " à l’image ", à cause de l’imperfection de la ressemblance. Et comme la ressemblance parfaite de Dieu ne peut se réaliser que dans l’identité de nature, l’image de Dieu se trouve en son Fils Premier-Né à la façon dont l’image du roi se trouve dans le fils qui a reçu de lui la vie ; tandis que l’image de Dieu est dans l’homme comme dans une nature étrangère, à la façon dont l’image du roi se trouve sur une pièce d’argent, comme l’explique Saint Augustin.
3. Puisque l’un, c’est l’être indivisé, on pourra dire qu’une forme ne présente pas de différence dans la mesure où elle est une. Mais une chose peut être appelée une, non seulement selon le nombre, l’espèce ou le genre, mais encore selon une certaine analogie ou proportion. Et c’est de cette façon qu’il y a unité ou convenance de la créature avec Dieu. - Quant à l’incise de Saint Hilaire : que l’image est " destinée à s’égaler à la chose ", elle s’applique à la notion d’image parfaite.