TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 8 — Est-ce par rapport à cet objet qu’est Dieu que l’image de la divine Trinité est dans l’âme ?

Objections :

1. Il semble que l’image de la Trinité divine dans l’âme ne se réalise pas seulement par relation à cet objet qu’est Dieu. En effet, comme on l’a dit, l’image de la Trinité divine se trouve dans l’âme selon que le verbe procède en nous de ce qui le profère et que l’amour procède de l’un et de l’autre. Mais cela se réalise en nous à propos de n’importe quel objet. Donc, à propos de n’importe quel objet on trouve dans notre esprit l’image de la Trinité divine.

2. Saint Augustin nous dit : " Quand nous cherchons dans l’âme une trinité, nous la cherchons dans l’âme tout entière et nous ne séparons pas la raison qui agit sur le temporel de celle qui contemple l’éternel. " Donc on trouve l’image de la Trinité dans l’âme en relation avec des objets temporels.

3. Connaître et aimer Dieu nous convient à cause du don de la grâce. Donc, si c’est par la mémoire, l’intelligence et la volonté ou l’amour de Dieu que l’on découvre dans l’âme l’image de la Trinité, l’image de Dieu ne sera pas dans l’homme par nature, mais par grâce. Et ainsi elle ne sera pas commune à tous.

4. Les saints qui sont dans la patrie sont au plus haut degré rendus conformes à l’image de Dieu par la vision de gloire, ce qui fait dire à Saint Paul (2 Co 3, 18) : " Nous sommes transformés en cette image, allant de gloire en gloire. " Mais dans la vision de gloire on connaît les choses temporelles. Donc, même en relation avec les choses temporelles, l’image de Dieu se découvre en nous.

En sens contraire :

voici ce que dit Saint Augustin : " Si l’image de Dieu est dans l’esprit, ce n’est pas parce que celui-ci a souvenir, amour et intelligence de lui-même, mais parce qu’il peut en outre se rappeler, comprendre et aimer Dieu par qui il a été créé. " C’est donc encore beaucoup moins par rapport aux autres objets que l’on considérera l’image de Dieu dans l’âme.

Réponse :

Comme on l’a dit plus haut, l’image implique une ressemblance qui aboutisse à représenter de quelque façon les traits spécifiques du modèle. Il faut par conséquent que l’image de la Trinité dans l’âme se découvre par quelque chose qui représente les Personnes divines d’une représentation spécifique, autant que cela est possible à la créature. Or les Personnes divines, on l’a dit, se distinguent selon la procession du Verbe à partir de celui qui le profère, et la procession de l’Amour à partir de l’un et de l’autre. D’autre part, le Verbe de Dieu nuit de Dieu selon la connaissance qu’il a de lui-même, et l’Amour procède de Dieu selon qu’il s’aime lui-même. Or, il est manifeste que la diversité des objets entraîne une diversité spécifique dans le verbe et l’amour ; en effet, le verbe conçu dans le cœur de l’homme au sujet d’une pierre ou d’un cheval n’est pas de même espèce, non plus que l’amour. Donc l’image divine chez l’homme se réalise par le verbe qui est conçu à partir de la connaissance de Dieu et de l’amour qui en dérive. Et ainsi il y a image de Dieu dans l’âme en tant qu’elle se porte ou qu’elle est capable de se porter vers Dieu.

Or l’esprit peut se porter vers quelque chose de deux façons : de façon directe et immédiate ou de façon indirecte et médiate. Ainsi, lorsque quelqu’un voit l’image d’un homme dans un miroir, on dit qu’il se porte vers l’homme lui-même. Et c’est pourquoi Saint Augustin écrit : " L’esprit a souvenir, intelligence et amour de lui-même ; si nous voyons cela, nous voyons une trinité, qui certes n’est pas encore Dieu, mais déjà image de Dieu. " Mais il en est ainsi non parce que l’esprit se porte sur lui-même en s’arrêtant à soi, mais pour autant qu’il est capable ultérieurement de se porter vers Dieu, on le voit bien par le texte cité en sens contraire.

Solutions :

1. Pour vérifier la raison d’image, il ne faut pas observer seulement qu’un être procède d’un autre, mais il faut encore voir de qui il procède. Cela veut dire que le Verbe de Dieu procède d’une connaissance sur Dieu.

2. On trouve bien une trinité " dans l’âme tout entière ". Mais cela n’exige pas qu’en dehors de l’action sur le temporel et de la contemplation de l’éternel, il faille " chercher un troisième terme dans lequel cette trinité se réaliserait ", selon la suite du texte cité. Mais si dans cette partie de la raison qui se porte du côté du temporel " on peut trouver une trinité, cependant on ne peut pas y trouver l’image de Dieu ", comme il est précisé ensuite. Car la connaissance de ces choses temporelles est pour l’âme une réalité adventice. En outre, les habitus eux-mêmes, par lesquels on connaît le temporel, ne sont pas toujours présents ; parfois ils sont là de façon présente, parfois ils ne sont là que par la mémoire, et cela même après qu’ils ont commencé à être là. C’est manifeste pour la foi, qui nous advient temporellement dans le présent, alors que dans la béatitude future il n’y aura plus foi, mais mémoire de la foi.

3. La connaissance et l’amour de Dieu ayant valeur méritoire ne se réalisent que par grâce. Il y a pourtant une connaissance et un amour naturels de Dieu, comme on l’a établi antérieurement . Et cela aussi est naturel : que l’esprit puisse employer la raison à connaître Dieu. C’est de ce point de vue, nous l’avons dit, que l’image de Dieu demeure toujours dans l’homme. Que cette image, selon Saint Augustin, " soit usée et comme voilée au point d’exister à peine ", comme chez ceux qui n’ont pas d’usage de la raison ; " ou qu’elle soit obscure et déformée " comme chez les pécheurs " ou qu’elle soit claire et belle " comme chez les justes.

4. Par la vision de gloire, c’est en Dieu lui-même que l’on verra les choses temporelles, et c’est pourquoi dans la vision de ces choses resplendira l’image de Dieu. C’est ce que dit Saint Augustin : " Dans cette nature, à laquelle l’esprit sera uni pour son bonheur, tout ce qu’il verra, il le verra établi dans l’immutabilité ", car c’est dans le Verbe incréé que se trouvent les idées de toutes les créatures.