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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 9 — La différence entre image et ressemblance

Objections :

1. Il semble que la distinction entre " ressemblance " et image ne soit pas bien faite. En effet, il ne convient pas de considérer le genre comme distinct de l’espèce. Mais la ressemblance est vis-à-vis de l’image dans la situation du genre par rapport à l’espèce ; en effet, dit Saint Augustin, " là où il y a image, il y a à coup sûr ressemblance, mais non réciproquement ". La distinction entre ressemblance et image est donc injustifiée.

2. La notion d’image découle non seulement de la représentation des Personnes divines, mais aussi de celle de l’essence divine, et c’est de celle-ci que relèvent l’immortalité et l’indivisibilité. Il n’est donc pas juste de dire que " la ressemblance est dans l’essence, parce qu’elle est immortelle et indivisible, tandis que l’image est ailleurs ".

3. Comme on l’a dit plus haut, il y a trois sortes d’image de Dieu dans l’homme : celle de la nature, celle de la grâce, et celle de la gloire. Mais innocence et justice relèvent de la grâce. Il n’est donc pas juste de dire h que " l’image se découvre selon la mémoire, l’intelligence et la volonté, et la ressemblance selon l’innocence et la justice ".

4. La connaissance de la vérité appartient à l’intelligence, tandis que l’amour de la vertu appartient à la volonté, intelligence et volonté étant deux parties de l’image. Il n’est donc pas juste de dire que " l’image se trouve dans la connaissance de la vérité, et la ressemblance dans l’amour de la vertu ".

En sens contraire :

Saint Augustin écrit " Certains pensent, non sans raison, que "à l’image" et "à la ressemblance" sont deux paroles distinctes ; car si elles n’en faisaient qu’une, un seul mot aurait pu suffire. "

Réponse :

La ressemblance est une certaine forme d’unité ; en effet, dit Aristote, c’est l’unité dans une même qualité qui cause la ressemblance. Car l’unité, étant un transcendantal, est à la foi commune à toutes choses, et adaptable à chacune tout comme la bonté et la vérité. Aussi, de même que la bonté peut être référée à une réalité particulière ou bien comme lui étant présupposée, ou bien comme la parachevant parce que désignant chez elle quelque perfection ; de même en est-il de la relation entre la ressemblance et l’image. En effet, il y a un bien qui précède l’homme, en tant que tout homme est un bien particulier. Et il y a un bien qui est consécutif à l’homme, en tant que nous déclarons que tel homme est spécialement bon à cause de la perfection de sa vertu. Pareillement, la ressemblance est considérée comme précédant l’image, en tant qu’elle est plus générale, on l’a dit plus haut. Mais on peut aussi la considérer comme consécutive à l’image en tant qu’elle signifie une perfection de celle-ci ; car nous disons que l’image de quelque chose ressemble, ou non, à ce dont elle est l’image, en tant qu’elle le représente parfaitement, ou non.

Ainsi donc, il y a deux manières de concevoir la distinction entre ressemblance et image. D’abord, en tant que ressemblance est un attribut antérieur à image et existe en plusieurs autres choses. En ce sens, on parlera de " ressemblance " de Dieu pour des choses qui sont plus communes que les propriétés de la nature intellectuelle. C’est en ce sens que Saint Augustin dit : " Personne ne doute que l’esprit (c’est-à-dire l’âme spirituelle) ait été fait à l’image de Dieu " ; mais pour ce qui est des autres parties de l’homme, les parties inférieures de l’âme ou encore le corps, " il y en a qui veulent qu’elles aient été faites à sa ressemblance ". C’est encore en ce sens qu’il dit ailleurs que la ressemblance de Dieu dans l’âme se découvre par son incorruptibilité ; en effet corruptibilité et incorruptibilité sont une distinction de l’être pris en toute son ampleur.

D’une autre manière on peut concevoir la ressemblance comme signifiant et la précision et la perfection de l’image. C’est en ce sens que Saint Jean Damascène écrit : " "Être à l’image" signifie "être doué d’intelligence, de libre arbitre et de maîtrise de soi-même", tandis que "être à la ressemblance", c’est posséder, autant que c’est possible à l’homme, la ressemblance de la vertu. " C’est encore en référence à ce sens que l’on dit : la ressemblance appartient à l’amour de la vertu ; en effet, il n’y a pas de vertu sans amour de la vertu.

Solutions :

1. Ce n’est pas d’après la notion commune de ressemblance que l’on fait une distinction entre " ressemblance " et " image " ; en ce sens elle est incluse dans la notion même d’image ; c’est en tant qu’il y a des ressemblances qui restent en deçà de la notion d’image, ou encore que certaines perfectionnent l’image.

2. L’essence de l’âme appartient à l’image en tant qu’elle représente l’essence divine par ce qui est propre à la nature intellectuelle ; elle ne lui appartient pas selon les conditions qui caractérisent l’être pris dans toute son ampleur, comme d’être simple et indissoluble.

3. Il y a aussi certaines vertus qui se trouvent naturellement dans l’âme, au moins quant à leurs germes, et dans cette ligne on pourrait parler d’une ressemblance naturelle. Pourtant, il n’est pas illogique que ce qui est appelé image d’après une explication soit, d’après une autre explication, appelé " ressemblance ".

4. Il y a un amour du verbe (c’est la connaissance aimée), qui ressortit à la raison d’image ; mais l’amour de la vertu ressortit à la " ressemblance ", comme la vertu elle-même.

L’ÉTAT OU CONDITION DU PREMIER HOMME

Nous allons étudier l’état ou condition du premier homme. D’abord quant à l’âme, (Q. 94-96), puis quant au corps (Q. 97).

En ce qui concerne l’âme, nous examinerons successivement la condition de l’homme quant à l’intelligence (Q. 94) et quant à la volonté (Q. 95).