TheoFonsAux sources de la foi

Christus Vivit

CHV · François · 2019 · FR · 299 paragraphes · vatican.va ↗

Dans toutes nos institutions, nous avons besoin de développer et d’améliorer beaucoup plus notre capacité d’accueil cordial, parce que beaucoup de jeunes qui viennent le font alors qu’ils sont dans une profonde situation d’abandon. Et je ne parle pas de certains conflits familiaux, mais d’une expérience qui concerne également les enfants, les jeunes et les adultes, les mères, les pères et les enfants. Pour tant d’orphelins et d’orphelines, nos contemporains, (nous-mêmes peut-être ?), les communautés comme la paroisse et l’école devraient offrir des chemins d’amour gratuit et de promotion, d’affirmation de soi et de croissance. Beaucoup de jeunes se sentent aujourd’hui enfants de l’échec, parce que les rêves de leurs parents et de leurs grands-parents ont brûlé dans le feu de l’injustice, de la violence sociale, du sauve-qui-peut. Combien de déracinements ! Si les jeunes ont grandi dans un monde de cendres, il est difficile qu’ils puissent entretenir le feu des grandes idées et des projets. S’ils ont grandi dans un désert vide de sens, comment pourront-ils avoir envie de se sacrifier pour semer ? L’expérience de la discontinuité, du déracinement et de l’effondrement des certitudes de base, promue par la culture médiatique actuelle, provoque ce sentiment profond d’abandon auquel nous devons répondre en créant des espaces fraternels et attirants où l’on vit avec sens.

Créer un “foyer” en définitive, « c’est faire une famille C’est apprendre à se sentir unis aux autres au-delà des liens utilitaires ou fonctionnels unis de façon à sentir la vie un peu plus humaine. Créer un foyer, c’est faire en sorte que la prophétie prenne corps et rende nos heures et nos jours moins inhospitaliers, moins indifférents et anonymes. C’est créer des liens qui se construisent par des gestes simples, quotidiens et que nous pouvons tous faire. Un foyer, et tous nous le savons très bien, a besoin de la collaboration de chacun. Personne ne peut être indifférent ou étranger puisque chacun est une pierre nécessaire à la construction. Et cela implique de demander au Seigneur de nous donner la grâce d’apprendre à avoir de la patience, d’apprendre à se pardonner ; apprendre tous les jours à recommencer. Et combien de fois pardonner ou recommencer ? Soixante-dix fois sept fois, chaque fois qu’elles sont nécessaires. Créer des liens forts exige de la confiance qui se nourrit tous les jours de patience et de pardon. Et il se produit ainsi le miracle de faire l’expérience qu’ici on naît de nouveau ; ici, tous, nous naissons de nouveau, parce que nous sentons agir la caresse de Dieu qui nous permet de rêver le monde plus humain et, par conséquent, plus divin ».114Discours de la visite au Foyer du Bon Samaritain à Panama, (27 janvier 2019): L’Osservatore Romano, éd. française, n. 6 du 5 février 2019, p. 15.

Dans ce contexte, au sein de nos institutions, nous avons besoin d’offrir aux jeunes leurs propres lieux, qu’ils puissent aménager à leur goût, et où ils puissent entrer et sortir librement, des lieux qui les accueillent et où ils puissent se rendre spontanément et avec confiance à la rencontre d’autres jeunes, tant dans les moments de souffrance ou de lassitude, que dans les moments où ils désirent célébrer leurs joies. Quelque chose comme cela a été réalisé par certains patronages et d’autres centres de jeunesse, qui, dans de nombreux cas, constituent des lieux où les jeunes font des expériences d’amitié et de sentiments amoureux, où ils se retrouvent et peuvent partager la musique, les loisirs, le sport, et aussi la réflexion et la prière, grâce à de petites subventions et diverses propositions. Cela ouvre à cette annonce indispensable de personne à personne qui ne peut être remplacée par aucune procédure ni aucune stratégie pastorale.

« L’amitié et la confrontation, souvent aussi en groupes plus ou moins structurés, offrent l’occasion de renforcer ses compétences sociales et relationnelles dans un contexte où l’on n’est ni évalué ni jugé. L’expérience de groupe constitue aussi une grande ressource pour le partage de la foi et pour l’aide réciproque dans le témoignage. Les jeunes sont capables de guider d’autres jeunes et de vivre un véritable apostolat au milieu de leurs amis»115DF, n. 36.

Cela ne signifie pas qu’ils s’isolent et perdent tout contact avec les communautés des paroisses, des mouvements et d’autres institutions ecclésiales. Mais ils s’intégreront mieux dans des communautés ouvertes, vivant dans la foi, désireuses de rayonner Jésus-Christ, joyeuses, libres, fraternelles et engagées. Ces communautés peuvent être les canaux par lesquels ils sentent qu’il est possible de cultiver des relations précieuses. La pastorale des institutions éducatives

L’école est sans aucun doute une plate-forme pour s’approcher des enfants et des jeunes. Elle est le lieu privilégié de promotion de la personne, et c’est pourquoi la communauté chrétienne a toujours eu une grande attention envers elle, soit en formant des enseignants et des responsables, soit en instaurant ses propres écoles, de tous les degrés. Dans ce domaine, l’Esprit a suscité d’innombrables charismes et témoignages de sainteté. Cependant l’école a besoin d’une autocritique urgente, si nous constatons les résultats de la pastorale de beaucoup d’entre elles, une pastorale centrée sur l’instruction religieuse qui est souvent incapable de susciter des expériences de foi durables. De plus, certains collèges catholiques semblent être organisés seulement pour leur préservation. La phobie du changement fait qu’ils ne peuvent pas tolérer l’incertitude et qu’ils se replient face aux risques, réels ou imaginaires, que tout changement entraîne. L’école transformée en “bunker” qui protège des erreurs “de l’extérieur”, est l’expression caricaturale de cette tendance. Cette image reflète d’une manière choquante ce que beaucoup de jeunes éprouvent à la sortie de certains établissements éducatifs : une inadéquation insurmontable entre ce qu’ils ont appris et le monde dans lequel ils doivent vivre. Même les propositions religieuses et morales qu’ils ont reçues ne les ont pas préparés à les confronter avec un monde qui les ridiculise, et ils n’ont pas appris comment prier et vivre leur foi d’une manière qui puisse être facilement soutenue au milieu du rythme de cette société. En réalité, une des plus grandes joies d’un éducateur est de voir un étudiant se constituer lui-même comme une personne forte, intégrée, protagoniste et capable de donner.

L’école catholique reste essentielle comme espace pour l’évangélisation des jeunes. Il est important de prendre en compte certains critères inspirateurs, signalés dans Veritatis gaudium, en vue d’un renouvellement et d’une relance des écoles et des universités “en sortie” missionnaire, tels que: l’expérience du kérygme, le dialogue dans tous les domaines, l’interdisciplinarité et la transdisciplinarité, le développement de la culture de la rencontre, la nécessité urgente de “faire réseau” et l’option pour les derniers, pour ceux que la société exclut et rejette.116Cf. Const. ap. Veritatis Gaudium (8 décembre 2017), n. 4: AAS 110 (2018), 7.8. Egalement est importante la capacité à intégrer les savoirs de la tête, du cœur et des mains.

D’autre part, nous ne pouvons pas séparer la formation spirituelle de la formation culturelle. L’Eglise a toujours voulu développer pour les jeunes des espaces pour une meilleure culture. Elle ne doit pas renoncer à le faire parce que les jeunes y ont droit. Et « aujourd’hui en particulier, le droit à la culture signifie protéger la sagesse, c’est-à-dire un savoir humain et humanisant. On est trop souvent conditionné par des modèles de vie banals et éphémères, qui poussent à courir après le succès à bas prix, discréditant le sacrifice, inculquant l’idée qu’étudier ne sert à rien si cela n’apporte pas tout de suite quelque chose de concret. Non, l’étude sert à se poser des questions, à ne pas se faire anesthésier par la banalité, à chercher un sens dans la vie. Il faut réclamer le droit à ne pas faire prévaloir les nombreuses sirènes qui, aujourd’hui, détournent de cette recherche. Ulysse, pour ne pas céder au chant des sirènes qui envoûtaient les marins et les faisait se fracasser contre les rochers, s’attacha au mât du navire et boucha les oreilles de ses compagnons de voyage. En revanche, Orphée, pour faire obstacle au chant des sirènes, fit autre chose: il entonna une mélodie plus belle, qui enchanta les sirènes. Voilà votre grand devoir: répondre aux refrains paralysants du consumérisme culturel par des choix dynamiques et forts, avec la recherche, la connaissance et le partage ».117Discours de la rencontre avec les étudiants et le monde académique sur la place Saint Dominique de Bologne, (1 octobre 2017): AAS 109 (2017), 1115: L’Osservatore Romano, éd. française, n. 41 du 12 octobre 2017, p. 10. Différents domaines pour le développement pastoral

Beaucoup de jeunes sont capables d’apprendre à aimer le silence et l’intimité avec Dieu. Des groupes qui se réunissent pour adorer le Saint Sacrement ou pour prier avec la Parole de Dieu se sont également développés. Il ne faut pas sous-estimer les jeunes comme s’ils étaient incapables de s’ouvrir à des propositions contemplatives. Il faut seulement trouver les styles et les modalités appropriés pour les aider à s’initier à cette expérience de si grande valeur. En ce qui concerne les domaines du culte et de la prière, « dans divers contextes, les jeunes catholiques demandent des propositions de prière et des moments sacramentels capables de saisir leur vie quotidienne, dans une liturgie fraîche, authentique et joyeuse».118DF, n. 51. Il est important de mettre à profit les temps les plus forts de l’année liturgique, en particulier la Semaine Sainte, la Pentecôte et Noël. Ils aiment aussi d’autres rencontres festives, qui cassent la routine et les aident à faire l’expérience de la joie de la foi.

Une opportunité unique pour la croissance et aussi pour l’ouverture au don divin de la foi et de la charité est le service : beaucoup de jeunes se sentent attirés par la possibilité d’aider les autres, en particulier les enfants et les pauvres. Souvent ce service est le premier pas pour découvrir ou redécouvrir la vie chrétienne et ecclésiale. Beaucoup de jeunes se lassent de nos itinéraires de formation doctrinale, et même spirituelle, et parfois ils réclament la possibilité d’être davantage protagonistes dans des activités où ils font quelque chose pour les gens.

Nous ne pouvons pas oublier les expressions artistiques telles que le théâtre, la peinture, etc. « L’importance de la musique est tout à fait particulière ; elle représente un véritable environnement où les jeunes sont constamment plongés, comme une culture et un langage capables de susciter des émotions et de modeler une identité. Le langage musical représente aussi une ressource pastorale qui interpelle en particulier la liturgie et son renouveau ».119Ibid., n. 47. Le chant peut être un stimulant important pour le cheminement des jeunes. Saint Augustin disait : “Chante, mais avance ; allège ton travail en chantant, n’aime pas la paresse : chante et avance […] Toi, si tu avances, marche ; mais avance dans le bien, dans la foi droite, dans les bonnes œuvres : chante et marche ”.120Sermon 256, 3: PL 38, 1193.

« L’importance de la pratique sportive parmi les jeunes est tout aussi significative. L’Eglise ne doit pas sous-évaluer ses potentialités dans une optique d’éducation et de formation, en conservant une présence affirmée en son sein. Le monde du sport a besoin d’être aidé à surmonter les ambiguïtés qui en font partie, comme la mythisation des champions, l’asservissement à des logiques commerciales et l’idéologie du succès à tout prix ».121DF, n. 47. A la base de l’expérience sportive il y a « la joie: la joie de bouger, la joie d’être ensemble, la joie pour la vie et les dons que le Créateur nous fait chaque jour».122Discours à une délégation du “Special Olympics International” (16 février 2017): L’Osservatore Romano, éd. française, n. 9 du 2 mars 2017, p. 8. D’autre part, certains Pères de l’Eglise ont pris l’exemple des pratiques sportives pour inviter les jeunes à grandir en force et à dominer la somnolence ou le confort. Saint Basile le Grand, s’adressant aux jeunes, prenait l’exemple de l’effort exigé par le sport et leur enseignait ainsi la capacité à se sacrifier pour grandir dans les vertus : « Après des milliers et des milliers de souffrances et avoir augmenté leurs forces par de nombreuses méthodes, après avoir beaucoup transpiré dans des exercices de gymnastique fatigants […] enfin, pour ne pas entrer dans les détails, après avoir mené une existence telle que leur vie avant la compétition n’est qu’une préparation à cela, […] ils donnent toutes leurs ressources physique et psychiques pour gagner une couronne […]. Et nous, qui avons devant nous des récompenses de la vie, tellement admirables en nombre et en grandeur qu'il est impossible de les définir avec des mots, nous viendrions les recevoir, en dormant à poings fermés et en vivant sans prendre de risques ? ».123Ad adolescentes, VIII, 11-12: PG 31, 580.

Chez de nombreux jeunes et adolescents, le rapport à la création éveille une attraction spéciale, et ils sont sensibles à la protection de l’environnement, comme c’est le cas avec les Scouts et d’autres groupes qui organisent des journées de contact avec la nature, des camps, des randonnées, des expéditions et des campagnes pour l’environnement. Dans l’esprit de saint François d’Assise, ce sont des expériences qui peuvent représenter un chemin d’initiation à l’école de la fraternité universelle, et à la prière contemplative.

Ces possibilités et diverses autres qui s’offrent à l’évangélisation des jeunes, ne devraient pas nous faire oublier, qu’au-delà des changements de l’histoire et de la sensibilité des jeunes, il y a les dons de Dieu qui sont toujours actuels, et qui contiennent une force qui transcende toutes les époques et toutes les circonstances : la Parole du Seigneur toujours vivante et efficace, la présence du Christ dans l’Eucharistie qui nous nourrit, et le Sacrement du pardon qui nous libère et nous fortifie. Nous pouvons également mentionner l’inépuisable richesse spirituelle que l’Eglise conserve dans le témoignage de ses saints et dans l’enseignement des grands maîtres spirituels. Bien que nous ayons à respecter différentes étapes, et parfois que nous devions attendre patiemment le moment favorable, nous ne pourrons pas cesser d’offrir aux jeunes ces sources de vie nouvelle, nous n’avons pas le droit de les priver de tant de bien.

Notes

  1. 114. Discours de la visite au Foyer du Bon Samaritain à Panama, (27 janvier 2019): L’Osservatore Romano, éd. française, n. 6 du 5 février 2019, p. 15.
  2. 115. DF, n. 36.
  3. 116. Cf. Const. ap. Veritatis Gaudium (8 décembre 2017), n. 4: AAS 110 (2018), 7.8.
  4. 117. Discours de la rencontre avec les étudiants et le monde académique sur la place Saint Dominique de Bologne, (1 octobre 2017): AAS 109 (2017), 1115: L’Osservatore Romano, éd. française, n. 41 du 12 octobre 2017, p. 10.
  5. 118. DF, n. 51.
  6. 119. Ibid., n. 47.
  7. 120. Sermon 256, 3: PL 38, 1193.
  8. 121. DF, n. 47.
  9. 122. Discours à une délégation du “Special Olympics International” (16 février 2017): L’Osservatore Romano, éd. française, n. 9 du 2 mars 2017, p. 8.
  10. 123. Ad adolescentes, VIII, 11-12: PG 31, 580.