À partir d’Origène, plusieurs Pères de l’Église ont interprété le texte de Jean 7, 38 – « de son sein couleront des fleuves d’eau vive » – comme se référant au croyant lui-même, bien qu’il s’agisse de la conséquence d’avoir bu au Christ. L’union au Christ n’est donc pas destinée seulement à étancher sa propre soif mais à devenir aussi une source d’eau fraîche pour les autres. Origène dit que le Christ accomplit sa promesse en faisant jaillir de nous des torrents d’eau : « L’âme de l’homme, qui est à l’image de Dieu, peut avoir en soi et produire hors de soi des puits, des sources et des fleuves ». 170In Num. Homil. 12, 1: PG 12, 657.
Saint Ambroise recommande de s’abreuver au Christ « afin que la source d’eau abonde en toi qui jaillit pour la vie éternelle ». 171Epist. 29, 24 : PL 16, 1060. Et Marius Victorinus affirme que l’Esprit Saint est donné en telle abondance que « celui qui le reçoit devient un sein qui déverse des fleuves d’eau vive ». 172Adv. Arium 1, 8 : PL 8, 1044. Saint Augustin dit que ce fleuve qui jaillit du croyant est la bienveillance. 173Cf. Tract. In Joannem 32, 4 : PL 35, 1643. Saint Thomas d’Aquin réaffirme cette idée en soutenant que lorsque quelqu’un « s’empresse de communiquer aux autres les divers dons de grâce qu’il a reçus de Dieu, l’eau vive jaillit de son sein ». 174Expos. in Ev. S. Joannis, cap. 7, lectio 5.
En effet, si « le sacrifice de la croix, offert avec un cœur aimant et obéissant, présente une satisfaction surabondante et infinie » 175Pie XII, Lettre Encyclique Haurietis Aquas (15 mai 1956), II : AAS 48 (1956), p. 321., l’Église qui naît du Cœur du Christ prolonge et communique en tout temps et en tout lieu les effets de cette unique Passion rédemptrice qui conduit les personnes à l’union directe avec le Seigneur.
Au sein de l’Église, la médiation de Marie, mère qui intercède, ne peut être comprise que « comme une participation à l’unique source qu’est la médiation du Christ lui-même », 176S. Jean Paul II, Lettre encyclique Redemptoris Mater (25 mars 1987), n. 38 : AAS 79 (1987), p. 411. l’unique Rédempteur. « Ce rôle subordonné de Marie, l’Église le professe sans hésitation ». 177Conc. Ecum. Vat II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 62. La dévotion au cœur de Marie n’entend pas affaiblir l’adoration unique due au Cœur du Christ, mais la stimuler : « Le rôle maternel de Marie à l’égard des hommes n’offusque et ne diminue en rien cette unique médiation du Christ : il en manifeste au contraire la vertu ». 178Ibid., n. 60. Grâce à l’immense source qui jaillit du côté ouvert du Christ, l’Église, Marie et tous les croyants, deviennent de diverses manières des canaux d’eau vive. Le Christ déploie, de cette manière, sa gloire dans notre petitesse.